Avant de partir en vacances, un conseil de lecture : les entretiens d'un monument de la télé.

Pierre Nora, très grand historien, connu pour ses travaux le sentiment national et les lieux de mémoire, s’entretenait, en 1984, avec Alain Decaux

La caméra explore le temps, Alain Decaux raconte, L’Histoire en question, l’homme aux lunettes carré est déjà la voix et le visage de l’Histoire médiatique depuis vingt-sept années. Il « est » l’Histoire aux yeux de tous les Français, depuis ses dramas sur Les Cathares ou sur la Terreur et la Vertu, consacrée à la Révolution, plébiscitées dans des mesures qu’on n’imagine plus aujourd’hui.

Un succès populaire que ne méprise pas Nora. Au contraire. Il l’évalue au regard du repli de l’enseignement de l’Histoire à l’école dont on débat beaucoup à l’époque et dont Alain Decaux s’est fait le plus fervent détracteur. Nora voit en lui un substitut de ce que l’école a perdu, un prolongement de cette histoire transmise et parlée, un « instituteur télévisuel ». Et il s’adresse à lui ainsi. Car le livre dont je vous cause est un dialogue, un entretien de soixante-seize pages, libre et fluide, que Pierre Nora a relu cette année, après la mort de son vieil ami, et qu’il a décidé de réédité.

Tout oppose leurs travaux, leurs démarches. D’un côté l’Histoire universitaire, de l’autre, l’Histoire spectacle. D’un côté, l’Historien qui invente, qui fait surgir de nouveaux sujets, de l’autre, l’historien qui reprend et met en scène les grandes mythologies. D’un côté, le chercheur qui fouille les à-côtés, de l’autre, celui qui part des faits les plus marquants. D’un côté, l’intellectuel qui se débarrasse de ses émotions et de ses affects, de l’autre, l’homme de télé qui ne peut traiter un sujet que s’il en est passionné. Autant de fractures méthodologiques qui rendent passionnante cette respectueuse confrontation.

Avec un fil rouge qui se dessine entre les lignes. Le rôle qu’ont joué radios et télé dans notre rapport au passé, dans la construction notre mémoire collective. Après les deux années de commémoration à répétition que nous venons de vivre, la question est plus d’actualité que jamais. Et puis, il y a de la tendresse dans ce dialogue et de la curiosité.

Nora fait raconter à Decaux ses débuts, les grands hommes de l’ORTF, sa culture de la gauche et ses petits secrets avant d’entrer dans l’arène cathodique.

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