Et si, au lieu de regarder la télé, ce soir, on s’offrait une soirée à l’Opéra ?

Sauf que c’est cher, l’Opéra de Paris. C’est loin. Attraper des billets à l’ouverture des réservations demande une organisation nord-coréenne et puis, c’est intimidant.

Benjamin Millepied s’en est retourné en Amérique, mais avant son départ, l’étoile filante qui dirigea la vénérable institution durant quelques mois, a fait surgir une troisième scène : ni Bastille, ni Garnier, une scène numérique, accessible d’un clic sur Internet, gratuitement, comme une lucarne offerte à tous les curieux, à tous ceux qui n’ont jamais pénétré physiquement les lieux.

Alors qu’y voit-on ? Des ballets, des opéras filmés comme à la télé ? Non ! À quoi bon perdre la magie du spectacle vivant réduit à une succession de séquences sur petit écran ? En quoi cela aiderait-il le non-initié à s’imprégner ? Au contraire, 3e scène vous propose de guider votre regard. Et pour cela, demande à des artistes avertis de mettre en scène leur vision de l’Opéra. Ça donne des courts-métrages à la patte très affirmée, à l’image très travaillée, au son très élaboré. C’est beau et la magie opère, magnétique.

Opéra Garnier, Paris
Opéra Garnier, Paris © MaxPPP

Morceaux choisis :

« Audition » : six minutes, les chanteurs lyriques pomponnés, crispés, traqueux, concentrés. Quelques mesures pour convaincre, respirations, signes de croix et craquements de doigt. Tendu.

« Duet » : six minutes époustouflantes. Le ballet se met en place. Mixage sonore complexe et entêtant au sein duquel s’entremêlent l’accordeur du piano à queue, les répétitions du premier percussionniste, le martèlement des pointes sur le plancher en studio, les machines-outils des ateliers, ponceuses, soudeuses, jusqu’à la première gamme qui surgit…

« Zinzin » . Breat Easton Elis livre un « Figaro » déjanté en noir un blanc. Un chanteur qui perd sa voix et part la retrouver dans une invraisemblable nuit de débauche, alcool, clope, sexe, flingue… Dans un autre registre, Mathieu Amalric filme sans parole ces chanteuses qui cherchent leur timbre « presqu’au bout du monde », c’est au fond d’elles-mêmes où tout n’est que technique, effort et respiration… Denis Darzacq, Rebecca Zlotovski, Bertrand Bonello, bientôt. Bref, des auteurs qui savent sublimer ce qu’ils veulent vous montrer. Vous n’avez plus qu’à regarder.

3e Scène , c'est à voir sur le site de L'Opéra de Paris

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