A l'occasion du résultat des élections législatives en Algérie, l'historien est l'invité de Pierre Weill.

Benjamin Stora
Benjamin Stora © Radio France / Joel Saget

Victoire sans surprise des partis au pouvoir, mais les électeurs ont boudé les urnes avec 37 % d’abstention.

"En 2012, il y avait déjà eu 43%, et même 35% en en 2007."

Est-ce un désaveu pour le gouvernement ?

Pour Benjamin Stora, "ce fut une grosse campagne d'affichage, beaucoup de dessins de presse, utilisation massive des médias publics : malgré cette énorme mobilisation, on observe toujours une distance entre le pouvoir politique et la population."

Ces élections législatives sont-elles une comédie ?

Pour l'historien, "derrière ces élections, il y a un autre enjeu : c'est la préparation de la présidentielle en 2019. On assiste à une la préparation d'une bataille au somment entre le RND (Rassemblement national démocratique) et le FLN (Front de libération nationale), avec comme hypothèse la préparation d’une transition politique."

Pourquoi une telle coupure entre gouvernés et gouvernants ?

Selon Benjamin Stora, "la société algérienne est désabusée. Depuis 2011-2012, avec la chute du cours du pétrole, il y a moins d’argent à distribuer en faveur des jeunes algériens. Au plan international, on observe également l'instauration d’un contre-modèle libyen ou syrien, avec une peur du chaos qui pourrait installer, donc on reste en Algérie dans une sorte de statut quo, d'immobilité, ce qui explique cette sorte d’atonie." "Il y a de nombreuses grèves et mouvements de contestation, mais sans traduction politique.

Qui dirige ce pays ?

"C'est l'opacité : on n'arrive pas à identifier un seul centre de pouvoir" selon l'historien. "Depuis les années 2000, on observe une montée en puissance de nouvelles forces sociales : des oligarques, un peu comme en Russie, par exemple. L'Algérie a de nombreuses forces et richesses : pétrole abondant, grande frontière avec l'Europe via la Méditerranée, plus grand pays saharien... Mais des groupes de pression, des services de sécurité, des clans familiaux, en profitent, et continuent d’organiser le pouvoir autour de Bouteflika."

Première apparition publique d'Abdelaziz Bouteflika depuis un an. Il dirige encore ?

Pour Benjamin Stora, "il est le dernier représentant de cette histoire nationaliste algérienne et, à ce titre, il continue de jouer ce rôle intermédiaire."

►►► Benjamin Stora vient de publier le deuxième tome de "La guerre d'Algérie vue par les Algériens", Ed Denoel, avec Renaud de Rochebrune.

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