Le journaliste Olivier Van Beemen raconte comment la célèbre marque néerlandaise de bière a prospéré sur le continent africain, sous fond de corruption et de soutien aux dictatures.

Véritable culte dans certains pays africains, la bière industrielle Heineken cache pourtant un côté obscur.
Véritable culte dans certains pays africains, la bière industrielle Heineken cache pourtant un côté obscur. © Getty / Alexander Ryumin\TASS

L'Afrique est aujourd'hui l'un des continents où l'on consomme le plus de bière. Augmentation du niveau de vie, accession de la population aux classes moyennes :  de nombreux africains se mettent à consommer de la bière industrielle. Une véritable opportunité pour les grands groupes brassicoles, dont Heineken. 

Le journaliste néerlandais Olivier Van Beemen raconte les agissements de la firme sur le continent dans Heineken en Afrique, une multinationale décomplexée (éditions Rue de l'échiquier).

Au Rwanda, une brasserie hors de contrôle ?

Véritable culte dans certains pays, la bière cache pourtant un côté obscur. Selon Olivier Van Beemen, Heineken aurait contribué au génocide des Tutsi au Rwanda, en 1994. "Les génocidaires étaient souvent ivres lorsqu'ils tuaient" explique le journaliste. "La bière fonctionnait aussi comme une récompense après une journée de massacres". Rare dans le pays, la bière industrielle est distribuée en masse durant cette période noire. 

Interrogé par le journaliste en 2017, Heineken indique que la brasserie rwandaise était devenue à l'époque hors de contrôle. Une version contredite par l'ancien directeur Afrique du groupe.

Des prostituées chargées de faire boire les clients 

De nombreux exemples donnés par Olivier Van Beemen dans son enquête montrent les pratiques douteuses d'Heineken en Afrique il y a une dizaine d'années. 

En 2006, au Nigéria, une filiale de Heinken a utilisé 2 500 prostituées pour convaincre des clients de bars de changer de marque de bière. Leur rôle : faire croire que cette bière rendait plus puissant sexuellement

Au Congo, d'après un rapport d'enquête interne, les femmes employées étaient forcées de coucher avec les responsables de la brasserie ou des clients du groupe, et considéraient les activités sexuelles comme faisant partie de leur travail. Pour pousser les clients à boire plus de bière, elles étaient forcées de boire 5 à 10 bouteilles par jour. Une pratique qui continuerait aujourd'hui au Kenya.

Soutien aux dictatures africaines

Autre versant de ces pratiques contestables, il apparaît dans l'enquête d'Olivier Van Beemn ce qui ressemble à un soutien aux dictatures africaines. Au Congo, Heineken a mis en place dans les années 2000 une logistique pour avantager et favoriser les dirigeants, comme la mise à disposition d'une résidence de luxe pour la femme du président, Joseph Kabila. Une manière d'éviter des problèmes et d'avoir de bonnes relation avec le pouvoir.

Olivier Van Beemen est l'invité de Jacques Monin dans Secrets d'info.

Références et liens

Olivier Van Beemen
Olivier Van Beemen © Radio France / Jacques Monin

En réponse à la parution de ce livre, Heineken nous a fait part de la position suivante 

"HEINEKEN ne s’identifie absolument pas à l’image donnée dans l’ouvrage Heineken en Afrique.

De nombreuses affirmations se basent sur des rumeurs, des interprétations erronées et des propos sortis de leur contexte, faisant référence à des événements datant parfois de plusieurs dizaines d’années. 

Les allégations concernant le Rwanda sont extrêmement graves et inacceptables. Le Génocide des Tutsi au Rwanda est un drame absolu. HEINEKEN n’y a jamais pris part et est extrêmement choqué qu’il puisse y être associé dans ce livre.

Pour autant, nous recherchons en permanence les points d’amélioration. Ainsi nous demeurons ouverts au débat et à la critique et s’il y a des agissements non conformes aux réglementations et/ou à nos règles de bonne conduite internes, nous prenons toutes les mesures nécessaires pour les corriger. Nous faisons cela depuis toujours sur tous les sujets et continuerons à le faire."

L'équipe
  • Jacques MoninDirecteur des enquêtes et de l’investigation de Radio France
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