Conforté par la condamnation de Nicolas Sarkozy, le Parquet national financier subit des critiques pour avoir épluché les facture téléphoniques de nombreux avocats pendant six ans. Le journaliste Laurent Léger revient sur les reproches faits à cette institution judiciaire.

Le PNF est situé au sein de la Cite judiciaire dans le quartier des Batignolles à Paris.
Le PNF est situé au sein de la Cite judiciaire dans le quartier des Batignolles à Paris. © Maxppp / Jan Schmidt-Whitley/Le Pictorium

Le parquet national financier (PNF), crée en 2013, subit aujourd'hui de nombreuses critiques, suite à la condamnation de Nicolas Sarkozy, de son avocat Thierry Herzog et du magistrat Gilbert Azibert à trois ans de prison dont un ferme pour corruption et trafic d'influence. On reproche notamment au PNF d'avoir épluché les fadettes (factures de téléphone) d'avocats pour tenter de débusquer la "taupe" qui était censée informer Thierry Herzog que Nicolas Sarkozy était écoute sur sa ligne secrète. "Une enquête cachée" pour certains, "une faute lourde" pour l'ordre des avocats. Le journaliste à Libération Laurent Léger est l'invité de Jacques Monin dans "Secrets d'info" pour comprendre pourquoi le PNF est si fortement mis en cause.

Un rapport qui dédouane le PNF

En septembre 2020, l'inspection de la justice publie un rapport qui indique qu'aucune illégalité n'a été commise par les membres du PNF qui ont enquêté pendant six ans pour tenter d'identifier la fameuse "taupe". "Se mettre à décrypter, analyser les fadettes des avocats les plus influents de Paris, de certains magistrats, voire même de lignes au tribunal judiciaire de Paris pour essayer de dénicher une taupe, ça arrive très rarement, analyse Laurent Léger. Les critiques des avocats ne sont pas complètement infondées. L'inspection a conclu qu'il fallait mettre un peu d'huile dans les rouages."

La question de la longueur de la procédure dans le cadre d'une enquête préliminaire a été plus vivement pointée du doigt. "Effectivement la longueur est plutôt étonnante, admet le journaliste. Certains avocats disent que cette enquête est restée secrète pendant 5-6 ans, mais ce n'est pas le cas puisqu'ils ont appris au détour d'une petite erreur de procédure en 2016 que cette enquête existait, seulement deux ans après son ouverture. Le fait est qu'ils n'y ont pas eu accès, mais comme rarement les avocats ont accès, aux enquêtes préliminaires, c'est le problème qu'Eric Dupond-Moretti veut essayer de régler."

L'ancienne présidente du PNF mise en cause

Eliane Houlette, dirigeante du PNF de 2014 à 2019, est soupçonnée d'avoir informé un avocat marseillais dans le cadre d'une affaire visant la mairie de Marseille. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris. Elle est aussi mise en cause pour des conflits d'intérêts. "C'est elle qui a donné au PNF sa légitimité, avec un certain nombre de dossiers très bien menés, explique Laurent Léger. Mais visiblement, elle s'est très vite opposée à sa supérieure hiérarchique, la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault. C'est en écoutant, dans un dossier visant la mairie de Marseille, les lignes d'un avocat marseillais que les enquêteurs de son propre parquet se rendent compte qu'elle a des discussions avec cet avocat, et éventuellement lui aurait raconté des choses." 

Eliane Houlette, elle, s'en défend et considère qu'il est de son devoir d'avoir des relations avec les avocats, quels qu'ils soient, et que rien ne prouve qu'elle a trahi le secret de dossiers sur lesquels son institution travaillait.

"Il y a volonté de s'en prendre au PNF"

Pour Laurent Léger, cette ambiance "pesante et délétère" et des conflits de personnes extrêmement vifs ont fini par alimenter des rumeurs négatives sur l'action du PNF, et les différents procès très médiatisés ont ouvert la voie aux critiques. "Il y a volonté de s'en prendre au PNF, de le délégitimer, de le décrédibiliser, de demander son démantèlement, qui vient d'une partie de la droite. Eric Dupond-Moretti, ancien avocat, maintenant ministre de la Justice, a eu des mots violents et très brutaux contre le PNF. Depuis l'affaire Sarkozy, on attend toujours que le ministre protège les siens et s'élève contre les polémiques et les attaques violentes envers le PNF. C'est du jamais vu."

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