En trois ans, seuls 64 djihadistes sur les 700 Français présents en Syrie qui se revendiquent de l'État islamique sont rentrés en France selon Matthieu Suc de Mediapart. Depuis le début de l'année 2018, ce chiffre est tombé à sept selon le journaliste dont les conclusions vont à rebours de la crainte d'un retour massif

Les Français, isolés près de la frontière irakienne, doivent traverser toute la Syrie et ses zones de guerre contrôlées par différents régimes et ethnies.
Les Français, isolés près de la frontière irakienne, doivent traverser toute la Syrie et ses zones de guerre contrôlées par différents régimes et ethnies. © Getty / Sam Tarling / Contributeur

Lui-même a été surpris de ces chiffres. Le journaliste Matthieu Suc publie sur Mediapart Djihad : pourquoi les "revenants" ne reviennent pas, et explique les raisons de ce faible nombre de retours de Français partis faire le djihad en Syrie. 

D'après le journaliste, hommes et femmes confondus, 33 sont rentrés en 2016, 24 en 2017 et 7 en 2018 (chiffre au début du mois d'octobre), ainsi que 45 enfants en tout. Si l'on fait le total, en septembre 2018, 64 adultes sur 700 initialement présents et 45 enfants sur 500 sont revenus sur les trois dernières années.

Pourquoi un nombre si faible de "revenants" ?

"Avant la chute de l'État islamique, c'était plus facile de revenir, explique Matthieu Suc. L'EI était structuré, avec une administration, des douanes aux frontières..." Une organisation qui permettait de circuler plus facilement : ceux qui voulaient "se faire sauter en Europe" étaient même pris en charge par un "Comité d’émigration et de logistique" installé en Turquie, en Jordanie et au Liban.

Mais en 2018, l'EI ne contrôle plus ses frontières. "C'est très difficile de rentrer, confirme Matthieu Suc. Les djihadistes ont, comme les migrants, besoin des passeurs pour traverser les frontières." Les Français, isolés près de la frontière irakienne, doivent d'abord traverser toute la Syrie et ses nombreuses zones de guerre contrôlées par différents régimes et ethnies (régimes de Bachar el-Assad, Kurdes, etc.). 

Carte des forces en présence en Syrie, au 20 juillet 2018. L'État Islamique, en gris, n'est plus présent qu'à l'est du territoire.
Carte des forces en présence en Syrie, au 20 juillet 2018. L'État Islamique, en gris, n'est plus présent qu'à l'est du territoire. © Visactu

Il faut donc à chaque fois payer des passeurs spécialistes de ces zones. Ainsi, un Français qui souhaite rentrer avec sa famille peut débourser jusqu'à 10 000 euros. 

Des Français ruinés

Et cela coûte plus cher pour les hommes. "Les passeurs considèrent qu'il prennent moins de risque à faire traverser les femmes et les enfants, car ils ne sont pas recherchés par les autorités et les risques sont moins grands" explique Matthieu Suc. Il arrive que certains passeurs livrent finalement les djihadistes aux forces kurdes. Les arrestations de djihadistes français par les autorités kurdes et irakiennes expliquent en partie le faible nombre de retours en France. 

D'après le journaliste, les Français djihadistes présents en Syrie n'ont plus d'argent. Jusqu'à présent pris en charge par l'État islamique, ce sont leurs familles en France qui ont du prendre le relais et subvenir à leur besoins, mais "les services de renseignement ont fait tomber les réseaux des familles qui avaient envoyé de l'argent." 

Des services qui ont perdu de vue une grosse partie de ce contingent Français. Alors, rester sur place ou revenir ? "Il n'y a pas de bonne solution pour notre sécurité" conclut Matthieu Suc.

Aller plus loin

► LIRE | Djihad : pourquoi les "revenants" ne reviennent pas, un article de Matthieu Suc, publié sur Mediapart (abonnés)

► À PARAÎTRE | Les espions de la terreur, l'histoire des services secrets de l'État islamique, inspirés par la CIA et le KGB, une enquête de Matthieu Suc, sortie le 7 novembre, aux éditions Harper Collins

Le journaliste à Mediapart Matthieu Suc
Le journaliste à Mediapart Matthieu Suc © Radio France / Martin Broyer
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