Le journaliste Mathieu Delahousse publie un récit de procès de jeunes Français qui ont tenté de partir en Syrie ou qui en sont revenus. Une enquête sur une jeunesse djihadiste qui navigue entre l'horreur la plus extrême et une apparente naïveté.

Le 19 mars 2018, procès d'Erwan Guillard et Tewffik Bouallag, à la cours d'assises spécialement constituée de Paris.
Le 19 mars 2018, procès d'Erwan Guillard et Tewffik Bouallag, à la cours d'assises spécialement constituée de Paris. © AFP / Benoit PEYRUCQ

"Ce qui est très troublant, c'est le décalage entre les écoutes téléphoniques et ces personnages en chair et en os devant nous, dans les box." Journaliste à L'Obs, Mathieu Delahousse a assisté à de nombreux procès de jeunes djihadistes français, qui se sont retrouvés devant la 16e chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris. Il raconte ces audiences dans un livre, La chambre des coupables (éditions Fayard).

"Tu veux être kamikaze ou tu préfères te faire sauter par le RAID ou le GIGN ?"

Le journaliste prend l'exemple d'un attentat qui a été déjoué au Casino de Paris, en 2015, quelques semaines après les attentats de Paris : "Ils voulaient faire mieux que le Bataclan, ce soir-là, raconte Mathieu Delahousse. C'est une stratégie militaire, de destruction massive. Toutes ces histoires sont terrifiantes. On comprend très vite que les jeunes filles qui ont préparé cet attentat sont totalement influençables."

Toutes les personnes qui défilent durant ces différents procès sont interconnectées par les réseaux sociaux : "Dans ces dossiers terroristes, ce qui frappe, c'est ce passage de connexions virtuelles au départ, à des faits réels ensuite. On a l'impression que ce sont des crimes contre l'humanité qui sont en train d'être jugés, et pourtant, il y a une forme de légèreté totale, d'inconscience, dans leurs échanges de messages." 

Autre point commun : la "détestation" de la France : "Cette détestation s'exprime sur tous les étages. Ils rejettent les militaires, l'école, la presse, le système social, et évidemment la justice."

"Une forme de trouble"

Pour Mathieu Delahousse, le terrorisme est une matière qui rend fou : "Certains juges que j'ai rencontrés pour ce livre quittent leur poste et avouent leur soulagement, raconte-t-il, avouant que lui-même a ressenti une forme de trouble. Il arrive que l'on ait pas de réponse, et que tout soit bousculé. Parfois, des flots de haine m'ont envahi. La tentation, c'est de se dire que ce sont des gens sans intérêt, forcément coupables, et de ne pas faire œuvre de justice. La folie a été de se rendre compte que ce que j'ai écrit il y a dix ans sur le terrorisme est démenti par un certain nombre de faits. C'est assez douloureux pour un journaliste."

Mathieu Delahousse est l'invité de Jacques Monin dans Secrets d'info.

ALLER PLUS LOIN | La chambre des coupables, de Mathieu Delahousse, est disponible aux éditions Fayard.

Le journaliste Mathieu Delahousse, auteur de La chambre des coupables (éditions Fayard).
Le journaliste Mathieu Delahousse, auteur de La chambre des coupables (éditions Fayard). © Radio France / Martin Broyer
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