Dans une enquête, Stéphane Foucart, journaliste au Monde et spécialiste des sciences de l'environnement, remonte aux origines de la Covid-19, et à l'apparition d'un mystérieux virus en 2012, proche du SARS-CoV-2.

Les interrogations demeurent sur le lien qu'il pourrait y avoir entre l'émergence du Sars-Cov-2 et cette mine désaffectée, aujourd'hui très protégée et surveillée.
Les interrogations demeurent sur le lien qu'il pourrait y avoir entre l'émergence du Sars-Cov-2 et cette mine désaffectée, aujourd'hui très protégée et surveillée. © Getty / Johner Images

Chauve-souris, pangolin, marché de Wuhan... Les hypothèses concernant l'apparition du SARS-CoV-2, le virus de la Covid-19, en Chine en 2019 sont multiples et très discutées. Dans une enquête publiée dans Le Monde en décembre 2020 (lecture réservée aux abonnés), le journaliste Stéphane Foucart écarte notamment la piste du pangolin, et explore les origines d'un virus similaire apparu en 2012 dans une mine chinoise aujourd'hui très protégée. Il est l'invité de Jacques Monin dans Secrets d'info.

Le pangolin mis hors de cause

Pour Stéphane Foucart, cet animal a été, à tort, accusé trop vite. "Il n'y a aucune démonstration scientifique rigoureuse qui montre que le pangolin serait le fameux hôte intermédiaire, c'est à dire l'animal qui aurait servi en quelque sorte de tremplin biologique entre la chauve souris, le réservoir naturel présumé de SARS-CoV-2, et l'Homme." D'après le journaliste, "cette accusation venue des autorités chinoises, était extrêmement prématurée. Les publications scientifiques qui sont venues à la suite ont fortement relativisé tout ça.

Stéphane Foucart y voit une façon pour les autorités chinoise de se dédouaner : "Cela permet de ne pas mettre en cause les autorités pour laxisme, par exemple dans la surveillance de certains élevages d'animaux comme la civette, qui a été l'hôte intermédiaire de la précédente épidémie de Sras et du fameux SARS-CoV-1, en 2002-2003."

Le marché de Wuhan vecteur de propagation 

Dans son enquête, le journalise part à la recherche du patient zéro, qui n'a pas et ne sera probablement jamais retrouvé. Quoiqu'il en soit, il n'aurait pas de rapport avec le marché de Wuhan. "Dans les données qui ont été apportées par les épidémiologistes chinois, sur les cinq à six premiers cas qui ont été identifiés, il y en a trois à quatre qui n'ont aucun rapport avec le marché. C'est donc difficile de pointer ce marché comme étant la source de l'épidémie. Il serait plus considéré comme probablement un amplificateur de la maladie plutôt que la source du virus."

Le virus apparu dans une mine de cuivre en 2012 ?

Située à Mojiang, à 1 500 km au sud-ouest de Wuhan, une mine de cuivre désaffectée serait à l'origine de l'apparition en 2012 d'un étrange virus. Six personnes, des mineurs qui ont travaillé dans cette mine, ont été hospitalisées, et trois sont mortes, touchés par un syndrome respiratoire aigu sévère. "Elles ont travaillé au curetage du guano [restes d'excréments] de chauve-souris, explique Stéphane Foucart. Dans un rapport officiel publié sur la plateforme de publication et des travaux académiques universitaires chinois, on se rend compte que ces six mineurs ont eu des symptômes qui ressemblent de manière assez frappante à ceux de la Covid-19."

Peut-on dire pour autant que l'origine du virus SARS-Cov-2 remonterait à 2012 ? "C'est très difficile de le dire et probablement pas, répond le journaliste du Monde. En février 2020, les chercheurs chinois de Wuhan présentent la découverte d'un nouveau virus, le plus proche cousin du SARS-CoV-2, qui lui ressemble à plus de 96  %, qu'ils appellent le RaTG13, sans préciser d'où il vient, ce qui a surpris énormément de chercheurs. Ce RaTG13 s'est révélé avoir été échantillonné dans cette fameuse mine de cuivre de Mojiang."

Ce virus RaTG13 aurait-il muté pour devenir le SARS-Cov-2 à l'origine de la Covid-19 ? "Les chercheurs disent qu'il est malgré tout assez distant du SARS-CoV-2, relativise Stéphane Foucart. "Le temps de mutation naturelle qui les sépare est d'environ 40 à 50 ans." Il n'aurait donc pas eu le temps de muter en sept ans, entre 2012 et 2019. 

Les interrogations demeurent sur le lien qu'il pourrait y avoir entre l'émergence du SARS-Cov-2 et cette mine, qui est aujourd'hui très protégée et surveillée. "On sent qu'il y a une volonté de la part des autorités chinoises de ne pas faire toute la transparence sur ce qui a pu se passer, s'interroge Stéphane Foucart. Mais on ne sait pas si c'est lié à quelque chose que les chercheurs ou les autorités chinoises chercheraient effectivement à cacher ou si c'est simplement l'opacité générale du système."

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