Michel Neyret, directeur-adjoint de la Police Judiciaire à Lyon est arrêté le 29 septembre 2011 pour corruption. Devenu patron de l’antigang lyonnais à 29 ans, Neyret est l’archétype du super flic. Un anti-Maigret : pas de psychologie mais de l’action, des belles bagnoles et de la technologie. Après 8 mois de préventive à la Santé, il est actuellement dans l’attente de son procès prévu en mai 2016.

Le journaliste Richard Schittly a longtemps côtoyé Neyret dans son travail. Il nous fait découvrir le destin d’un homme à l’ascension professionnelle fulgurante…tout comme sa chute à quelques mois de la retraite. Il analyse finement comment ce policier super doué, couvert de félicitations pour ses résultats sur le terrain, a pu franchir la ligne rouge à force de fréquenter des indicateurs.

Histoire d’un homme, mais aussi à travers lui, d’une institution : la PJ

Richard Schittly, auteur de Commissaire Neyret. Chute d'une star de l'antigang
Richard Schittly, auteur de Commissaire Neyret. Chute d'une star de l'antigang © RD/RF / RD/RF

L’histoire de Neyret c’est d’abord une ascension sociale fulgurante pour ce fils de mineur lorrain. Il devient commissaire dans la région lyonnaise, marquée alors, à la fin des années 70, par un banditisme finissant dont le très emblématique gang des Lyonnais. Un Milieu qui fascine le jeune Neyret, ainsi que la Brigade antigang chargé de le combattre, avec ses méthodes peu orthodoxes. Des hommes toujours en action, genre cowboy, agissant par anticipation, très loin de l’enquête classique : on surveille le suspect dans l’attente du flagrant délit, quitte à intervenir a posteriori

La brigade est une unité policière à part, où Neyret, flic avant-gardiste, inaugure de nouvelles technologies comme ces balises de géolocalisation – la balise Argos inventé par les navigateurs solitaires - qu’on glisse sous les voitures des suspects pour pouvoir les repérer….

Neyret aligne d’impressionnants résultats, félicité à de multiples reprises. Un succès qu’il doit surtout à son incroyable réseau d’indicateurs. Au sein de la BRI, un groupe a été nommé : « pénétration du Milieu ». On y fréquente assidument les voyous, leurs lieux de vie. L’objectif : obtenir des infos permettant de résoudre les affaires les plus épineuses. Et Neyret est très fort à ce jeu.

Des pratiques connues de tous mais illégales. Hypocrisie de la hiérarchie ? Neyret est dans cette zone grise des pratiques policières dont la règle en or est : ne jamais perdre le contrôle, toujours conserver la maîtrise. Or Michel Neyret va sortir des rails en fréquentant assidument un réseau familial de trafiquants plutôt bling bling. Fasciné, il est pris dans l’engrenage : on lui offre une belle voiture, un voyage au Maroc, etc... Reçoit-il ces cadeaux en échange d’infos sur les mandats qui visent certains membres de sa famille d'indics ? En clair Neyret est-il un flic ripou ? Il s’en défend : il a agi dans l’intérêt de son unité, pour infiltrer des réseaux et obtenir des infos. Réussira-t-il à convaincre lors de son procès ?

Au final, l’affaire Neyret est représentative du tournant d’une époque. Terminées les méthodes borderline. Dorénavant, on codifie, on vise la transparence, on structure ; les indics doivent être tous recensés, un par fiche. Et Neyret ne s’est jamais fait à ce tournant…..

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.