Les caméras-piétons, dont la généralisation est prévue d'ici 2022, pourraient permettre notamment de lutter contre les contrôles au faciès. Mais les caméras déjà utilisées sur le terrain présentent de nombreux dysfonctionnements, et le ministère de l'Intérieur est lié à un fournisseur chinois jusqu'en 2022.

Un policier municipal équipé d'une caméra sur sa tenue pendant un contrôle piéton dans la rue Saint Dizier, à Nancy, le 10 avril 2020.
Un policier municipal équipé d'une caméra sur sa tenue pendant un contrôle piéton dans la rue Saint Dizier, à Nancy, le 10 avril 2020. © Maxppp / Alexandre MARCHI

"Nous allons tout reprendre et généraliser avant la fin du quinquennat toutes les caméras-piétons qui permettent de rétablir la confiance entre la population et la police." Le 14 juillet 2020, Emmanuel Macron, interrogé sur les contrôles au faciès, annonce la généralisation des caméras que portent les policiers lors de leurs interventions. Octave Bonnaud, journaliste à La Lettre A, a enquêté sur ce dispositif. Il est l'invité de Secrets d'info.

De nombreux problèmes sur les caméras-piétons

D'après le journaliste, cette mesure, proposée par le cabinet du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, va être plus difficile que prévu à exécuter. "Il y a par exemple des problèmes d'ergonomie sur la fixation des caméras, explique Octave Bonnaud. L'extraction des fichiers vidéo semble prendre beaucoup de temps, il y a aussi des problèmes de paramétrage..."

Les premières caméras ont été achetées à l'issue d'un appel d'offres attribué au printemps 2018 à un prestataire chinois, Hikvision, leader des caméras embarquées et des caméras-piétons, via un importateur français, Allwan Security. "Il y en a déjà environ 10 500 installées majoritairement chez les policiers, détaille le journaliste, 500 seulement chez les gendarmes, qui ont attendu de voir si cela fonctionnait chez les policiers avant d'en commander." Le ministère de l'Intérieur a commandé fin juillet 2020 près de 30 000 caméras-piétons, pour un montant de 15 millions d'euros.

Une autonomie de deux heures

Le principal problème de ces caméras, pour des raisons de coût, est l'autonomie de la batterie, qui n'est que de deux heures. "Ces caméras avaient été commandées pour filmer des actions de courte durée, comme des interpellations, d'après le journaliste. Lors des manifestations des Gilets jaunes, Christophe Castaner a brandi les caméras-piétons comme un garde-fou à l'usage immodéré des Flash-Ball. Sauf que les compagnies CRS qui en étaient équipées font des interventions beaucoup plus longues, de huit à dix heures sur le terrain. Du coup, pour les affaires des blessés par des tirs de balles de défense et de grenades, il y a eu très peu de preuves récupérées via ces caméras." 

Mais le ministère est toujours tenu par un accord jusqu'en 2022 avec ce prestataire qui ne travaille qu'avec le chinois Hikvision. Pour Octave Bonnaud, "alors qu'Emmanuel Macron promet leur généralisation d'ici la fin de son quinquennat, c'est après 2022 qu'on peut imaginer cela, car l'exécutif est pour l'instant obligé de commander ces caméras chinoises, avec les soucis que l'on connaît."

ALLER PLUS LOIN | Comment la généralisation des caméras-piétons va virer au casse-tête pour la Place Beauvau, un article (sur abonnement) d'Octave Bonnaud, paru sur La Lettre A.

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