Alexa, Siri, Google... Les assistants vocaux se déclinent aujourd'hui dans des objets à portée de voix, qui promettent d'avoir réponse à tout et d’exaucer nos désirs de consommateurs. Le journaliste Sophian Fanen enquête pour Les Jours sur "ces nouveaux mouchards".

Enceintes connectées : décharger nos vies pressées, tout en collectant nos données ?
Enceintes connectées : décharger nos vies pressées, tout en collectant nos données ? © AFP / Grant HINDSLEY

"- Alexa, qui t'a conçue ?

- Désolée, je ne suis pas sûre"

Sophian Fanen, journaliste pour le site Les Jours, s'amuse à parsemer ses articles de requêtes amusantes et absurdes qu'il effectue auprès de l'assistant vocal d'Amazon, Alexa, et son enceinte connectée Echo. Parfois, Alexa a la réponse, qu'elle décline scolairement. Elle s'essaye aussi à quelques blagues, plus ou moins drôles. Mais souvent, Alexa ne parvient pas à formuler une réponse cohérente, répond à côté, ou ne comprend pas la requête. 

Construction marketing des voix artificielles

Au départ conçu pour réduire la charge mentale des militaires et leur éviter les tâches répétitives ou laborieuses, Siri a été racheté par Apple pour devenir l'assistant vocal de millions de détenteurs de smartphones. Le service est désormais disponible sur les enceintes connectées. Dans la foulée, Amazon, Google, Microsoft (et bientôt Facebook et Orange) ont développé leurs propres assistants vocaux. 

Sophian Fanen fait le constat, dans son enquête, que toutes les voix de ces assistants sont quasi-exclusivement féminines (à l'exception de Siri en France). "C'est bêtement sexiste, analyse-t-il. C'est le modèle de la secrétaire des années 50 qu'on appelle et qui apporte le café et les dossiers."  

Derrière les requêtes qui n'aboutissent pas, des humains corrigent

Les assistants vocaux fonctionnent avec des algorithmes prédictifs : il n'ont pas d'esprit, de capacité d'analyse ou de proposition, et ne sont pas capables de comprendre ce qu'on leur dit. 

Même si ces machines sont puissantes, quand une requête n'aboutit pas ou que l'assistant vocal se trompe, il y a des gens qui corrigent. "Des employés, des petites mains, en France, en Allemagne, ou en Asie du sud-est, payées à la micro-tâche, sont chargés de corriger les requêtes manuellement, explique le journaliste. Les réponses des assistants vocaux ne s'inventent pas, ce sont des personnalités écrites qui s'enrichissent et que l'on éduque." 

"Amazon a besoin de connaitre nos habitudes d'achat"

Il est encore compliqué aujourd'hui de faire des achats via les enceintes connectées. "Je veux commander du café : quelle marque, quelle sorte, quelle dosette ? Il y a des centaines de possibilités, et cela devient fastidieux de demander précisément ce que l'on veut aux assistants vocaux" constate Sophian Fanen. Amazon rachète ainsi des enseignes de supermarchés (Whole Foods aux États-Unis), ou noue des partenariats (Monoprix en France). "Ils veulent connaitre les habitudes des consommateurs, et proposer une liste-type qui puisse être facilement commandée. Collecter les données dans le monde physique, c'est important pour Amazon."  

Appareils connectés, questions écologiques, protection des données... Sophian Fanen est l'invité de Jacques Monin dans Secrets d'info.

Aller plus loin

Alexa, l'espionne qui m'aimait, une obsession de Sophian Fanen, pour le site lesjours.fr (abonné·e·s). 

Le journaliste Sophian Fanen
Le journaliste Sophian Fanen © Radio France / Martin Broyer
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