Certains musiciens classiques, très stressés, auraient recours à des substances considérées comme dopantes. Dans une bande dessinée, le journaliste François Thomazeau s'intéresse à ce phénomène, qui concerne notamment des solistes et des chanteurs d'opéra.

Le dopage dans la musique classique concernerait notamment les solistes, les chefs d'orchestre et les chanteurs d'opéra.
Le dopage dans la musique classique concernerait notamment les solistes, les chefs d'orchestre et les chanteurs d'opéra. © Getty / Jasmin Merdan

Cela peut paraître surprenant : lorsque l'on évoque le dopage, on imagine que cela concerne avant tout le sport. Mais des musiciens classiques auraient eux aussi recours à des produits dopants. Dans Les dopé·e·s de l'orchestre, une bande dessinée parue dans le numéro 24 de La Revue dessinée, illustrée par Vincent Sorel, le journaliste François Thomazeau détaille ce phénomène quasi généralisé. Il est l'invité de Jacques Monin dans Secrets d'info.

Une carrière qui peut se jouer en deux minutes

D'après François Thomazeau, en raison du stress considérable que vivent les musiciens de musique classique, il y aurait un recours assez généralisé aux bêtabloquants, utilisés comme des anti-trac ; le plus connu et répandu étant le propranolol. "Les bêtabloquants sont en général utilisés comme médicaments, pour l’hypertension par exemple. explique le journaliste. Dans le sport, c'est dans les disciplines de précision, comme le tir, le tir à l'arc, qu'on en retrouve. Mais ceux qui en parlent le plus, sur les forums notamment, ce sont les musiciens."

C'est lors des concours pour entrer dans les orchestres professionnels, étape décisive pour certains musiciens, que ces produits sont le plus utilisés. Placés derrière un paravent, s'ils ne font pas l'affaire, au bout d'une minute, une clochette retentit pour mettre fin à la prestation. "Le stress peut être terrible. Une carrière, une vie, se joue ici en deux minutes de musique."

"Lui il gobe"

Le dopage dans la musique classique est-il pour autant généralisé ? "Une enquête menée dans les années 2000 montrait que cela concernait un bon tiers, voire une moitié des musiciens, précise François Thomazeau. Quand vous êtes tout seul face au public et que tout repose sur vous, comme pour les solistes, les chefs d'orchestre, ou les chanteurs d'opéra, le stress est beaucoup plus fort."

Certains musiciens hésitent malgré tout à parler de dopage : il ne s'agirait pas d'augmenter les capacités musicales, mais de maîtriser le stress. "Ils utilisent pourtant l'expression 'gober' pour se désigner entre-eux. C'est un jargon de dopés ou de drogués", regrette le journaliste.

Accélération du temps

Les musiciens classiques seraient de plus en plus à prendre des produits dopants. En cause : une pression de plus en plus importante, et des délais de production beaucoup plus courts, pour fabriquer un opéra par exemple. "La musique classique subit le même type de fonctionnement que la société : flux tendu, accélération du temps, concurrence accrue...", d'après François Thomazeau.

Interdits par l'Agence mondiale antidopage, ces produits ont des conséquences sur les musiciens, qui ne sont pas suivis médicalement comment peuvent l'être les sportifs. "Ils sont livrés à eux-même, et peuvent en abuser", conclut le journaliste.

Aller plus loin

► LIRE | La bande dessinée de François Thomazeau, illustrée par Vincent Sorel, Les dopé·e·s de l'orchestre, est à retrouver dans le numéro 24 de La Revue dessinée, disponible en librairie, dans les points Relay, et en ligne.

Un extrait de la bande dessinée de François Thomazeau, parue dans La Revue dessinée #24
Un extrait de la bande dessinée de François Thomazeau, parue dans La Revue dessinée #24 / La Revue dessinée - Vincent Sorel - François Thomazeau
Les invités
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.