Julie Brafman, spécialiste des questions de justice à Libération, publie "Vertiges de l'aveu" et met en lumière les évolutions de la justice face à l'importance donnée à l'aveu.

Julie Brafman, auteure de "Vertiges de l'aveu"
Julie Brafman, auteure de "Vertiges de l'aveu" © Radio France / Léa DH

Le soulagement de l'aveu

Tout au long de son livre, Julie Brafman montre qu'il existe différents types d'aveux. La plupart du temps, il s'agit pour la personne qui avoue de soulager sa culpabilité, un besoin de rédemption face à quelque chose qui taraude l'individu. Ghislaine Loquet avoue par exemple avoir frappé la victime, alors qu'elle s'était débarrassée de la suspicion des policiers et aurait pu finir ses jours en ayant gardé son secret.

La méthode "douce" pour obtenir des aveux

On a une image de la garde à vue "dure" mais la pression ne se situe pas toujours dans un rapport de force. Les policiers que j'ai rencontrés m'ont tous parlé de la nécessité d'établir un lien de confiance avec la personne qu'ils interrogent.

Lorsque Guy Georges était en garde à vue, les gendarmes ont installé une ambiance spéciale, avec des bougies, et une musique de jazz en fond. Ils ont en réalité mis Guy Georges dans des dispositions psychologiques dans l'espoir que cela entraînerait des aveux.

L'idée c'était qu'il ne se sente pas comme l'ennemi public numéro 1, qu'il n'ait pas l'impression d'une hostilité à son égard, de créer un cadre propice à des révélations.

L'aveu à tout prix

Dans Vertiges de l'aveu, Julie Brafman remonte dans le temps et raconte quelles ont été les méthodes pour faire avouer. Si un accusé n'avouait pas, on l'obligeait à saisir un fer brûlant et la cicatrisation était supposée indiquer s'il était coupable ou innocent.

On considérait qu'il y avait la part de Dieu qui décidait de la culpabilité ou de l'innocence.

Une autre méthode consistait à jeter la personne dans un lac ou une rivière, si elle parvenait à nager, cela signifiait qu'elle était coupable car l'eau ne voulait pas d'elle. Si la personne coulait, cela prouvait son innocence... même si elle mourrait.

Ce qui m'intéresse c'est comment à travers l’assujettissement du corps, on essayait de faire dire le vrai de l'âme. Aujourd'hui ça n'a plus rien à voir mais il y a toujours une forme de rapport au corps, celui qui est placé en garde à vue n'est plus libre de son corps, de ses mouvements.

En garde à vue, Richard Roman, un marginal accusé du meurtre d'une fillette de 7 ans, croit devenir fou et finit par craquer. Il avoue le meurtre alors que la suite prouvera qu'il n'était pas coupable. Tout avait été mis en place pour qu'il avoue. Depuis 2000, le procès verbal de garde à vue doit comporter les aveux, mais aussi les questions des enquêteurs, ce qui permet de suivre le fil de l'audition. Depuis 2007, les gardes à vues sont filmées et la présence de l'avocat est obligatoire.

L'aveu dit-il la vérité ?

Dans son livre, Julie Brafman se demande "pourquoi aujourd'hui, alors que l'ADN est considéré comme la preuve absolue, l'aveu reste aussi important. On attend l'aveu en garde à vue, on l'attend devant le juge d'instruction, on l'attend peut-être encore plus au moment du procès, et finalement on considère que la vérité doit sortir de la bouche de l'accusé, et on ne se contente pas de la preuve scientifique".

Plusieurs affaires racontées par Julie Brafman montrent que la science peut aussi réserver des surprises : Julie Brafman rapporte qu'un mystérieux ADN était retrouvé sur plusieurs scènes de crimes d'affaires très dissemblables... on a compris plusieurs années après qu'il s'agissait de l'ADN du fournisseur de cotons-tiges de prélèvement. Et d'autres affaires incroyables sont racontées dans l'interview !

L'idée c'est de montrer que l'ADN n'a pas non plus de valeur absolue, qu'il peut subir des manipulations. On considère que celui qui avoue son crime alors qu'il aurait très bien pu le taire, ne peut dire que la vérité. Je crois que considérer l'aveu comme une vérité est faux, ce serait considéré que le crime est toujours limpide à sa conscience. Il y a un mythe de vérité derrière l'aveu.

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