Le site Les Jours publie une nouvelle série d'enquêtes qui explore le rôle que joue Internet dans la perpétuation de l'Etat islamique. Le journaliste Thierry Lévêque s'est intéressé à Abdel Khamallah, un Français qui gérait la propagande de l'organisation terroriste depuis son canapé.

Abdel Khamallah a été condamné à neuf ans de prison en octobre 2020 pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".
Abdel Khamallah a été condamné à neuf ans de prison en octobre 2020 pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". © Getty / FangXiaNuo

L'État islamique (EI) est aujourd'hui quasiment vaincue en Syrie et en Irak. Mais internet lui permet toujours d'exister hors du terrain de guerre. Le journaliste Thierry Lévêque publie sur le site Les Jours une série d'enquêtes consacrée au nouveau djihadisme et ses ramifications numériques. Dans le premier épisode, il s'est intéressé à Abdel Khamallah, le "community manager français de l’État islamique".

Des dizaines de chaînes Telegram

Avant son arrestation en 2017, Abdel Khamallah est au chômage et touche le RSA. Divorcé, il vit chez sa sœur à Wattrelos (Nord), et passe ses journées entre le canapé et son lit. "C'est un personnage tout à fait trivial qu'on imaginerait pas intéresser l'antiterrorisme, raconte Thierry Lévêque. Il s'est avéré qu'il était un cadre numérique de l'Etat islamique en France. Le chef, en quelque sorte, de la propagande débordante de l'organisation sur Internet pour la France."

Jugé et condamné à neuf ans de prison en octobre 2020 pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", son procès a permis de se rendre compte de l'organisation de la propagande qui était celle, il y a encore quelques années, de l'organisation État islamique. "Le renseignement français a pu le documenter quand il y avait encore le "califat" irako-syrien, explique le journaliste. Il y avait une sorte de gouvernement, avec une branche médiatique à laquelle les gens comme Abdel Khamallah devaient rendre des comptes et faire des rapports d'activité. Abdel Khamallah avait des dizaines de chaînes Telegram [application de messagerie chiffrée d'origine russe]. Ils inondaient le web de vidéos horrifiques, de combats, d'exécutions, de logorrhée religieuse, etc."

À l'époque, la branche médiatique de l'organisation Etat islamique était florissante : 35 bureaux dans le monde, une quarantaine d'articles et de vidéos produits chaque jour. Est-ce encore le cas aujourd'hui ? "On peut penser que tout ça a été affaibli avec le reste, analyse Thierry Lévêque. Mais dans le fond, cela existe toujours puisque cela peut être complètement délocalisé n'importe où dans le monde. On constate que beaucoup de passages à l'acte, comme pour l'assassin de Samuel Paty, se font sur Internet."

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