C’est sans doute le Belge le plus surveillé par les services de renseignement français. Farouk Ben Abbes, 31 ans, a été condamné lundi 21 mars 2016 à Toulouse à trois mois de prison ferme pour violation de son assignation à résidence prise dans le cadre de l'état d'urgence au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Ben Abbes est connu pour avoir été proche du Toulousain Fabien Clain, qui a revendiqué les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis.

Farouk Ben Abbes s’est installé dans la région toulousaine en septembre dernier.
Farouk Ben Abbes s’est installé dans la région toulousaine en septembre dernier. ©

Le nom de Farouk Ben Abbes apparaît dans un vieux dossier de terrorisme : l’attentat du Caire . Le 22 février 2009, une bombe explose dans un souk de la capitale égyptienne. C’est un groupe scolaire français, une classe de lycéens de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), qui est visé. 24 élèves sont blessés. Cécile Vannier, 17 ans, est tuée. A cette époque, le Belge Farouk Ben Abbes vit en Egypte . Il est suspecté de rentrer de la bande de Gaza où il aurait participé au djihad armé. Au lendemain de l’attentat du Caire , la police égyptienne l’arrête et le cuisine. Sous la torture précisera-t-il plus tard, Farouk Ben Abbe s aurait alors indiqué avoir pour projet de commettre un attentat en France . Dans leur rapport transmis aux autorités françaises, les policiers égyptiens citent une cible tristement célèbre : la salle de spectacle duBataclan . Les explications d'Olivier Morice , l'avocat de la famille de la lycéenne tuée au Caire :

Le Bataclan était une cible privilégiée, car Farouk Ben Abbes –selon la police égyptienne- visait des intérêts de la communauté juive, et le propriétaire de la salle [du Bataclan] était juif. Je pense que l’on n’a pas creusé tout ce qui aurait dû être fait dans l’affaire de l’attentat du Caire et dans le projet d’attentat du Bataclan !

Pour ces suspicions d’attentat en France,Farouk Ben Abbe s avait été mis en examen et placé en détention provisoire. Il a finalement bénéficié d’un non-lieu, faute de preuves. Les parties civiles de l’attentat du Caire et des attentats du 13 novembre souhaiteraient que Farouk Ben Abbes soit entendu à nouveau, et que l’enquête soit rouverte. Sollicité par France Inter, l’avocat deFarouk Ben Abbes n’a pas donné suite.

Hommages devant la salle du Bataclan après les attentats
Hommages devant la salle du Bataclan après les attentats © Radio France / Olivier Bénis

Pour les victimes, le Belge pourrait peut-être apporter de précieuses informations s’il était interrogé. Dans le dossier duCaire , on s’aperçoit par exemple que le nom de Najib Laachraoui apparaissait dans la procédure. Laachraoui , est l’un des kamikazes de l’aéroport deBruxelles , et l’artificier belge des attentats de Paris . L’homme aurait échangé près de deux cents coups de fil avec l’un des suspects de l’attentat dans la capitale égyptienne. Le nom de Laachraoui était donc dans la procédure française depuis six ans. Pour l’avocatOlivier Morice , la justice est certainement passée à côté de pistes sérieuses:

C’est tout un réseau fourni de personnalités qui se connaissent très bien, et se sont fréquentées en Egypte,en Belgique, ou dans le Sud de la France –dans le cadre du réseau Artigat. On a l’impression qu’on a laissé toutes ces personnes passer et s’échapper alors que la justice aurait pu avoir un regard différent sur elles . Tout cela nous pose de très nombreuses questions.

Pour cet avocat spécialiste du terrorisme, la plupart des dossiers majeurs concernant des djihadistes belges et français se sont entremêlés au fil des ans. On en a encore eu une preuve criante ce vendredi 25 mars 2016, avec l’arrestation d’un Français en région parisienne. Reda K., selon le ministre de l’Intérieur, s’apprêtait à commettre un attentat. Il es Français, mais c’est en Belgique qu’il est connu de la justice ! Il faisait partie du même réseau qu’Abdelhamid Abaaoud –le coordonnateur des attentats de Paris -, ils ont été condamnés ensemble, en leur absence, l’été 2015 par la justice belge pour des faits de terrorisme.

Un portrait signéElodie Guéguen

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.