Le géant de l'aviation a récemment accepté de payer une amende record de 3,6 milliards de dollars pour mettre un terme aux poursuites engagées contre lui pour corruption. Le journaliste Pierre Gastineau analyse les conséquences de cette sanction.

L'avionneur Airbus est-il dans la tourmente après les enquêtes pour corruption ouvertes contre lui ?
L'avionneur Airbus est-il dans la tourmente après les enquêtes pour corruption ouvertes contre lui ? © AFP / ERIC PIERMONT

L'avionneur européen Airbus a conclu un accord en janvier 2020 afin de clore les enquêtes ouvertes contre lui pour corruption. Le groupe s'est ainsi vu infliger une amende record de 3,6 milliards d'euros. Pierre Gastineau, journaliste à Intelligence Online, un site spécialisé dans le renseignement économique, enquête régulièrement sur Airbus. Il est l'invité de Secrets d'info.

Un système de corruption institutionnalisé

Pendant des années, l’avionneur a conclu des contrats d'export dans le domaine de la défense avec différents États. Pour cela, l'entreprise a fait appel à des agents intermédiaires ou consultants, chargés de la promotion commerciale, c'est-à-dire tisser des réseaux d'influence dans les pays afin de remporter ces contrats. Problème : les rémunérations de ces consultants ont parfois donné lieu au versement de commissions. "Ce qui est en cause dans cette affaire, c'est l'industrialisation de ce processus, explique Pierre Gastineau. C'était une politique organisée au niveau mondial par le groupe au plus haut niveau, un système totalement institutionnalisé via des montages offshore dans plusieurs pays, poursuit-t-il, afin de distribuer des pots de vin à des gens quand on veut qu'ils achètent des avions et autres systèmes de protection des frontières."

Airbus s'auto-dénonce pour protéger ses données

Une enquête a été menée dans plusieurs pays pour mettre à jour ce système, mais la particularité de ce dossier, c'est qu'Airbus s'est lui-même dénoncé. "C'est une stratégie très audacieuse", s'étonne Pierre Gastineau. Airbus s'est d'abord dénoncé aux britanniques puis la France et les États-Unis se sont joint à l'enquête. "Contrairement à Alstom ou la BNP, qui avaient nié la corruption dans des affaires semblables, l'idée pour Airbus était d'éviter que le département de la justice américain s'en saisisse, car en termes de guerre économique, c'est une porte ouverte sur toutes les données du groupe."

Des contrats gelés ou perdus

L'enquête concernant Airbus a donc été très vite verrouillée par le Royaume-Uni et la France, les États-Unis n'ont eu accès qu'à une toute partie du dossier. Mais est-ce que des informations sensibles d'Airbus ne vont-elles pas remonter jusqu'au département de la justice des États-Unis (DoJ), voire jusqu'à Boeing ? "Je ne suis pas sûr que ce soit la logique du DoJ soit de transmettre des informations à Boeing, tempère Pierre Gastineau. Je pense que les procureurs américains sont plutôt des croisés protestants anti-corruption que des agents infiltrés de la CIA."

L'affaire a déjà des conséquences pour l'avionneur. "Du fait de la campagne anti-corruption, de nombreux contrats sont gelés, comme au Koweït, en Ukraine, ou ont été perdus par Airbus, comme en Pologne, car on ne peut plus graisser la patte aux acheteurs, donc tout est renégocié", analyse le journaliste.

  • Pour aller plus loin, retrouvez tous les articles de Pierre Gastineau sur Intelligence Online (consultables sur abonnement).
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