Les multinationales du lait n'ont qu’un seul objectif pour conquérir les marchés chinois et bientôt africain : produire toujours plus. Et la fin des quotas laitiers, décidée par Bruxelles en avril 2015, va dans ce sens, au grand désarroi des petits producteurs dans les campagnes françaises, endettés jusqu’au cou pour satisfaire la demande à des coûts toujours plus bas. Un cercle vicieux minutieusement décortiqué parElsa Casalegno et Karl Laske dans leur livre : Les cartels du lait. Comment ils remodèlent l'agriculture et précipitent la crise , publié le 4 février 2016 aux éditions Don Quichotte.

Elsa Casalegno et Karle Laske dans le bureau de Secrets d'Info, janvier 2016
Elsa Casalegno et Karle Laske dans le bureau de Secrets d'Info, janvier 2016 © @RD/RF / @RD/RF

La France possède le plus gros troupeau de ruminants d’Europe, dont 3,7 millions de vaches laitières, et avec à peu près 24 milliards de litres de lait de vache par an, elle est le deuxième producteur de lait européen après l’Allemagne. Son industrie laitière pèse 25 milliards € de chiffre d’affaires par an dont le quart réalisé à l’exportation, ce qui en fait la première industrie agroalimentaire hexagonale. Elle se situe aussi dans les tout premiers rangs mondiaux proposant beaucoup de produits haut de gammes (fromages, yaourts et desserts lactés…).

Cependant, la filière lait subit une concentration de plus en plus importante : fusions, rachat et regroupement. Résultat : 70% du lait collecté en France est transformé par seulement une dizaine de grands groupes industriels (Danone , Lactalis ...) et coopératifs (Sodiaal, Laïta ...) dans une soixantaine d’usines.

En France, le modèle agricole des fermes géantes n’a pas encore vraiment vu le jour – tentative avortée de la ferme des "mille vaches" dans la Somme - contrairement à l’Allemagne ou à l’Arabie saoudite avec sa ferme gigantesque de 40 000 vaches plantée au cœur du désert. Un modèle à l’impact environnemental négatif : 500 litres d’eau sont nécessaires - abreuver et hydrater les bêtes, irriguer les terres et nettoyer les installations - pour obtenir un seul litre de lait !

L’industrialisation voit aussi se développer un marché mondial de la génétique – via les paillettes de sperme de taureau - pour une amélioration du troupeau, mais qui recèle de vrais dangers si elle est poussée à l’extrême : consanguinité, perte de biodiversité et des effets sous-estimés sur la santé animale.

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