Ce géant du pétrole a pollué une partie de l'Amazonie équatorienne. Condamné à une amende record de 9 milliards de dollars en 2011, il refuse de la payer. La journaliste Sophie Tardy-Joubert raconte ce désastre écologique et le combat des communautés locales menées par l'avocat Pablo Fajardo dans une bande dessinée.

En Équateur, au cœur de la forêt amazonienne, d'immenses lacs de pétrole polluent les rivières.
En Équateur, au cœur de la forêt amazonienne, d'immenses lacs de pétrole polluent les rivières. © AFP / Pablo COZZAGLIO

C'est le poumon vert de la planète. L'Amazonie et ses 5,5 millions de kilomètres carrés sont de plus en plus convoités et subissent la déforestation. En 1993, la compagnie pétrolière Texaco, aujourd'hui rachetée par Chevron, termine l'exploitation d'une partie de l'Amazonie située en Équateur, et laisse derrière des zones entièrement polluées et dévastées par le pétrole.

Avec l'avocat Plablo Fajardo et le dessinateur Damien Roudeau, la journaliste Sophie Tardy-Joubert publie la bande dessinée Texaco - Et pourtant nous vaincrons (éditions Les Arènes BD). Elle est l'invitée de Jacques Monin dans Secrets d'info.

60 millions de litres

C'est une région située au nord de l'Équateur, à la frontière avec la Colombie. En apparence, la forêt semble intacte, verte et luxuriante. Mais au milieu de ce paradis, se cache un désastre. "J'ai pu voir des lacs de pétrole, raconte Sophie Tardy-Joubert, qui est allée sur place. Ils ont la taille de piscines olympiques. La nature a repris ses droits, de la végétation a poussé par-dessus, mais le pétrole est toujours présent."

Plus de 350 puits sont creusés dans cette zone entre 1967 et 1993. Texaco aurait laissé sur place environ 60 millions de litres de pétrole, soit 3 000 fois la marrée noire de l'Érika. "Ils ont déversé dans la nature des déchets toxiques sans prendre aucune précaution, explique la journaliste. De nombreuses expertises ont confirmé ces chiffres."

Des rivières contaminées seraient à l'origine de centaines de morts et de nombreuses maladies (cancers de l'estomac, de l'utérus, fausses couches, malformations...). Pour Sophie Tardy-Joubert, "il est difficile de prouver le lien de causalité entre l'exploitation pétrolière et ces cancers, mais les taux de malades sont beaucoup plus élevés que dans d'autres zones du pays".

Victoire des communautés d'Amazonie

Après le départ de Texaco, c'est la population locale qui se soulève. "Un collectif de 30 000 plaignants se constitue. Ce sont eux qui sont à l'origine des poursuites contre Texaco/Chevron." À leur tête, l'avocat Pablo Fajardo, ancien ouvrier de la compagnie pétrolière, porte ce combat, aidé par les habitants. En 2011, la justice condamne Chevron à une amende de 9 milliards de dollars. "C'est la plus grosse amende jamais prononcée dans des affaires environnementales, analyse la journaliste. C'est la victoire des communautés d'Amazonie contre l'une des plus grosses compagnies au monde."

Chevron n'a à ce jour pas reconnu pas la condamnation et refuse de payer l'amende, et n'a pas dépollué la forêt équatorienne. Pablo Fajardo et les plaignants continuent de se battre.

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