Faut-il défendre "l'identité culturelle" de la France contre le communautarisme ? Le philosophe publie "Il n'y a pas d'identité culturelle". Il est l'invité d'Ali Baddou

Le philosophe François Jullien
Le philosophe François Jullien © AFP / Ulf Andersen

Faut-il défendre "l'identité culturelle" de la France contre le communautarisme ? Le philosophe publie "Il n'y a pas d'identité culturelle". Il était l'invité d'Ali Baddou ce vendredi matin. "Je crois que le débat sur l'identité est un faux débat, pour que ça devienne un vrai débat il faut des concepts rigoureux, (...) et on ne peut pas parler d'identité culturelle parce qu'il n'y a pas d'identité culturelle".

Pourquoi n'y a-t-il pas d'identité culturelle ? "Parce que le propre d'une culture, c'est de muter, sinon elle est morte", explique François Jullien. "Nous confondons l'identité du sujet (...) et quelque chose qui serait l'identité d'une culture, qui est collective et qui ne cesse de muter", ajoute-t-il.

"Identité va avec différence, or je ne crois pas qu'il y ait de différences culturelles. Il y a des écarts. La différence sépare de l'autre, l'écart maintient l'autre en regard. Avec de l'écart il y a des dialogues, pas avec les différences".

"L'identité range, l'écart dérange", explique le philosophe, qui affirme défendre plutôt les "ressources culturelles" : "Mais défendre ça signifie activer les ressources, les activer et les exploiter", ajoute-t-il. Parmi ces ressources, le subjonctif : "Ne perdons pas cette ressource, déployons-là, elle distingue les modes".

Contre l'uniformisation

François Jullien estime qu'au contraire, un personnage comme Harry Potter "formate l'imagination de la même façon" partout dans le monde. "L'uniformisation barre la route à l'universel. Dès lors qu'on voit la même chose partout, on pense qu'elle est universelle. Non ! Elle est uniforme ! C'est standard, c'est du stéréotype, du clonage".

Or l'uniforme "est un concept de l'économie", là où l'universel "est un concept de la raison". "C'est lui qui tient ouvert le commun, quand il est une exigence d'ouverture au-delà des limitations".

On n'écrira plus de lettres d'amour

François Jullien, qui a aussi publié un ouvrage intitulé "L'intime, loin du bruyant amour", estime par ailleurs que la publication de la correspondance entre François Mitterrand et Anne Pingeot est un "non-événement" : "L'intime, le politique et le médiatique sont plutôt écartés l'un de l'autre". "Ce qui me rend nostalgique, c'est plutôt qu'on n'en écrira plus", des lettres d'amour, déplore le penseur :

"Toute la communauté technologique fait que sortir son porte-plume ou son stylo, pour écrire sur du beau papier, on ne le fera plus".

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