Pierre Rosanvallon, historien et sociologue, est l'invité d'Ali Baddou à 7h50. Il publie "Le siècle du populisme", dans lequel il tente d'écrire une histoire de ce concept politique qui n'a jamais été théorisé.

Dans son livre "Le siècle du populisme" (ed. du Seuil), l'historien Pierre Rosanvallon s'est intéressé à ce terme de "populisme", en expansion partout dans le monde, "de l'Inde à l'Amérique de Trump, à notre Europe et à l'Amérique latine, ce qu'on appelle populisme est en train de gagner". Il souligne que ce terme, imaginé par les opposants aux régimes latino-américains comme celui de Perón, a été repris à leur compte par "ceux-là mêmes qu'on accusait de populisme, qui aujourd'hui revendiquent ce terme, disant qu'ils veulent faire une politique du peuple". 

La particularité du populisme, c'est qu'il n'a jamais été théorisé en tant que pensée politique : "Le populisme, c'est à la fois un symptôme et une proposition", explique Pierre Rosanvallon. "Le populisme-symptôme est facile à analyser : c'est le dégagisme, la critique de la mal-représentation dans la société, c'est le dégoût devant des inégalités galopantes". A l'inverse, ce qu'il qualifie de populisme-proposition "apparaît beaucoup plus diffus, d'autant plus qu'il n'a jamais fait l'objet d'une analyse de fond", contrairement, par exemple, au communisme avec Marx ou au socialisme avec Jaurès. 

Selon l'historien :

"Le populisme est inséparable de l'histoire de la démocratie, c'est d'abord une proposition démocratique"

"Pendant la Révolution, il y a beaucoup de débats sur les rapports entre la représentation et la démocratie directe", rappelle-t-il, indiquant que c'est Napoléon III qui, le premier, a apporté une réponse originale à cette problématique : "Il dit que la démocratie repose d'abord sur le suffrage, sur le référendum. Au nom de la souveraineté du peuple, il a été le premier à critiquer les corps intermédiaires, et surtout la liberté de la presse et les partis, en disant aux journalistes que personne ne les avait élus, qu'il n'étaient pas représentants de la société. Et aux partis politiques qu'ils n'étaient que des entrepreneurs politiques, pas des représentants. Il est le premier à avoir théorisé la démocratie illibérale. Et quand on relit Napoléon III, on voit que c'est exactement le discours d'Orban, et à certains égards le discours de Trump aussi". 

Comment rétablir le dialogue entre les corps intermédiaires et l'exécutif ? Le rapport de force est-il la seule solution ? Pierre Rosanvallon répond que selon lui il y a aujoud'hui "deux dimensions dans le social" "Elles sont côte à côte et ne se superposent pas. Mais il n'y a pas la même vision politique : du côté du social organisé il y a toujours la mise en avant d'une démocratie représentative ; alors que dans l'autre cas il y a une demande - légitime - d'autres formes de représentation de la société". 

  • Légende du visuel principal: Pierre Rosanvallon © AFP / Ulf Andersen
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