Nadine Labaki, réalisatrice du film "Capharnaüm", est l'invitée d'Ali Baddou à 7h50.

Après son triomphe au Festival de Cannes, le film Capharnaüm, qui suit Zain, un enfant vivant dans la rue au Liban qui porte plainte contre ses parents pour l'avoir mis au monde, sortira au cinéma dans quelques semaines. Sa réalisatrice Nadine Labaki explique que "le titre est inspiré du capharnaüm dans lequel on vit", et qu'il est arrivé avant même l'écriture du scénario. 

"Quand j’ai commencé à écrire le scénario, ça part toujours d’une obsession du moment, des questionnements du moment. Il y avait tous ces thèmes auxquels je pensais, et mon mari m’a conseillé d’écrire sur un tableau tout ce qui me travaillait", raconte-t-elle. "J’ai commencé par écrire tous les thèmes du moment : les enfants qui travaillent, les réfugiés, le trafic d’humains… Et a un moment j’ai regardé le tableau et je me suis dit, on vit dans un capharnaüm".

L'idée du film lui est venue un soir, au retour d'une soirée : "J'étais à un feu rouge, j'ai vu sur un terre-plein un enfant qui devait avoir un an et demi ou deux ans, il n’arrivait pas à s’endormir à cause de l’inconfort. Cette vision m’a frappée, je me suis demandée comment on en était arrivés là. _Les criminels dans la société, c’est nous, ce ne sont pas les gens qui sont derrière les barreaux_. On ne voit plus ces gens, on a tendance à les déshumaniser, ils font partie d’une communauté, pour nous c’est un nombre", dit-elle. 

"On parle de 'ces enfants', on peut décider de les aider ou de ne pas les aider. Mais on oublie de penser à lui, ce petit garçon ou cette petite fille”

Le casting du film s'est fait de façon sauvage, dans les quartiers les plus défavorisés de Beyrouth. "L'un des petits garçons, son école c'est l'école de la rue : c'est là qu'il a appris son langage, sa façon d'être, même sa sagesse. On se demande comment il peut avoir autant de distance avec ce qu'il vit". 

La situation au Liban est particulière, car des dizaines de milliers d'enfants ne sont pas déclarés à l'Etat civil, "on n'a pas de chiffre précis, on dit qu'il y en a 60 000 mais je suis sûre que c'est beaucoup plus", explique Nadine Labaki. "Dans 99% des cas, les enfants ne connaissent pas leur date de naissance, ils donnent leur âge à peu près. Ils savent qu’ils sont nés un jour de pluie, ils ont une vague idée. Ce sont des enfants à qui on n’a jamais souhaité un bon anniversaire”.

Que sont devenus les jeunes comédiens du film ?Quand on était sur scène, son destin était incertain. Même si on a toutes les bonnes intentions du monde, il y a un vrai destin à changer. Une semaine après Cannes, on reçoit une lettre des Nations unies qui explique que Zayn, avec toute sa famille, est réinstallé en Norvège. Il est entré dans une école il y a un mois, pour la première fois de sa vie”, raconte la cinéaste, qui remercie Cate Blanchett, qui était la présidente du jury à Cannes et est également ambassadrice auprès de l'ONU. 

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Nadine Labaki © AFP / Anne-Christine Poujoulat
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