Adèle Haenel, comédienne, est l'invitée d'Ali Baddou à 7h50, pour la sortie du film "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma, au cinéma le 18 septembre.

Adèle Haenel est à l'affiche de "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma. Un rôle écrit pour elle par la cinéaste : "On est des partenaires de pensée sur le cinéma, on partage cette passion, c'était à la base pour ça". Elle y incarne une jeune femme qui refuse un mariage au XVIIIe siècle, et refuse la tradition de se faire peindre pour que le portrait soit envoyé à son promis, jusqu'à sa rencontre avec une jeune peintre. "Les problématiques qui sont soulevées dans le film font résonance avec les problématiques actuelles (...). Mais l'idée du film était aussi de créer une émotion de cinéma, l'enjeu n'était pas uniquement de parler d'un monde qu'on ne connait plus", explique-t-elle.

"En tant qu'actrice, on a eu un plaisir jubilatoire à jouer dans les scènes de ce film"

"Pour une fois, je n'étais pas stressée à l'idée de voir les scènes d'amour du film : elles représentent bien l'enjeu sensuel et aussi joyeux du film. Notre sensualité ouvre des nouveaux espaces d'imaginaire, érotique notamment", explique-t-elle par ailleurs. "C'était vraiment collaboratif, quand j'ai vu la scène érotique du film, j'ai eu envie de rire, la sensualité est aussi liée pour moi à l'humour, à la joie, à la légèreté". 

Pour Adèle Haenel les images du film, suggestives et sensuelles, sont des images que l'on n'a pas l'habitude de voir au cinéma. "La plupart du temps les scènes d'amour sont simulées. Ici, il ne s'agit pas de simulation mais d'invention. Vous dites que ces images sont old school, mais ce sont des images dont on manque en tant que femmes. On a une représentation hyper-stéréotypée de la sexualité au cinéma, or la sexualité est l'un des instruments de la relation de pouvoir entre les hommes et les femmes".  

Le film évite le "male gaze", ce regard très masculin sur les sujets notamment cinématographiques : "Ces concepts de female gaze et male gaze prennent beaucoup d'ampleur : ils contextualisent le regard masculin", explique-t-elle. "Le regard masculin a été pendant très longtemps associé à un regard neutre, parce que l'immense majorité des films sont produits par des hommes qui regardent des femmes. Il faut dire que ce regard a une origine et un rapport avec la domination masculine. Nous, on propose un regard féminin hybride". 

"En tant que femmes, on fait l'expérience tous les jours non pas de se sentir femmes, mais d'être femmes parce qu'on est ramenées à ça". 

"C'est un état de fait, dans la violence qui opère sur les femmes. Les féministes font beaucoup de bruit sur la question des féminicides : c'est quelque chose sur laquelle on ne peut pas faire l'impasse", ajoute Adèle Haenel

"Le film est joueur : il ne dit pas que les hommes ne nous intéressent pas, mais qu'on va s'intéresser aux femmes. Il pose donc la question de la place de l'homme dans le cadre : les hommes sont au début et à la fin. Ça a un sens". Adèle Haenel explique que le film est féminin car  ses équipes sont majoritairement féminines, mais aussi féministe "au sens romanesque du terme, au sens où on invente des histoires qui ne font pas l'impasse sur la fiction, sur les tensions du scénario. Il est féministe pas comme un tract, comme une passion".

  • Légende du visuel principal: Adèle Haenel © AFP / Loic Venance
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