Didier Fassin, sociologue et médecin, est l'invité d'Ali Baddou à 7h50, au lendemain de sa leçon inaugurale au Collège de France.

Le sociologue Didier Fassin est entré jeudi au Collège de France, avec une leçon inaugurale consacrée aux inégalités de vie. Il explique à quel point l'idée que les inégalités dans la durée de vie et les inégalités sociales sont liées est une idée récente : "Au XVIIIe siècle on pensait que la longueur de la vie était quelque chose d'aléatoirement distribué". Il note que les différentes études successives ont prouvé par exemple que "entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres en France, il y a 13 années d'écart d'espérance de vie à la naissance". 

Mais cette espérance de vie n'est "qu'une mesure quantitative de l'existence", qui ne prend pas en compte la qualité de cette vie. Il fait ainsi remarquer que les femmes ont une espérance de vie plus longue que celle des hommes : "Les femmes ouvrières vivent plus longtemps que les cadres hommes : on pourrait penser qu'elles sont avantagées, or il est difficile de soutenir cet argument". 

"Du reste, lorsqu'on prend en compte l'incapacité, on voit que les ouvrières ont sept ans de moins d'espérance de vie sans incapacité que les cadres hommes", ajoute-t-il, rappelant que la France est par ailleurs un pays où les femmes ont eu accès très tard au droit de vote et à l'IVG par exemple :

"Il y a un décalage entre la quantité de vie et la qualité de vie". 

Le sociologue a également beaucoup travaillé sur les migrations, et a relevé des différences de vocabulaire : "Lorsqu'on parle de migrants, on insiste sur la dimension économique, lorsqu'on parle de réfugiés, on veut insister sur la nécessité de protection. On voit bien qu'il y a une tension entre les ONG qui ont tendance à insister sur la dimension de réfugiés, et les gouvernements qui ont tendance à parler de migrants. Pour ma part, j'essaie de parler d'exilés (...) parce que c'est une façon de montrer que la frontière entre les deux est très difficile à déterminer".

Enfin, sur la question des violences policières, sur laquelle, il s'est également penchée, il explique que la définition des violences policières selon la police elle-même et par la justice est "extrêmement restrictive : elle ne prend en compte que des violences physiques soit injustifiées, soit disproportionnées, soit les deux. Et aujourd'hui, on voit que l'usage de la force est très souvent injustifié (...) et disproportionnées en raison de l'utilisation d'armes que dans la plupart des pays européens on interdit désormais".

  • Légende du visuel principal: Didier Fassin dans le studio de France Inter © Radio France /
Les invités
L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.