François Héran, démographe, sociologue et philosophe, titulaire de la nouvelle chaire du collège de France Migrations et sociétés. Il est auteur de "Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir" (La Découverte).

Comment aborder les migrations d'un point de vue universitaire ? "Il faut essayer de refroidir l'objet, tout en continuant à se passionner par lui", explique François Héran, récemment nommé à la tête de la chaire Migrations et sociétés du Collège de France. "Il faut essayer d'articuler le temps court et le temps long. On est fasciné par les déferlantes, et en même temps il y a les lames de fond, il faut comprendre comment les deux s'articulent".

Ces déferlantes, c'est par exemple "l'été 2015, où quasiment deux millions de personnes se sont mises en marche depuis la Syrie et la corne de l'Afrique pour venir aux portes de l'Europe au péril de leur vie". Et selon le professeur, "l'ordinaire des migrations, c'est encore autre chose, la France est bien placée pour cela : c'est 260.000 titres de séjour accordés chaque année pour des motifs liés à l'application des droits humains" : le regroupement familial, les mariages, les études.

"Les chiffres absolus impressionnent"

"On reçoit les gens à bras fermés, parce que c'est Angela Merkel qui a lancé un appel à l'accueil des migrants et pas nous", explique-t-il. "On voit bien que nous avons tout fait pour dissuader les migrants d'arriver, nous faisons tout pour les dissuader de déposer leur demande, et donc il ne faut pas s'étonner qu'ils choisissent plutôt les pays qui se sont déclarés prêts à les accueillir".

Or, la France est loin d'être l'un des plus gros pays d'accueil : "si on raisonne en termes de proportion, la France occupe le 16e rang européen". Et il est important, selon François Héran, de bien s'intéresser à ces proportions : "Les chiffres absolus impressionnent à bon compte mais ce n'est pas ce qu'il faut regarder. Nous ne sommes même pas à la moitié de la moyenne européenne".

Effets de seuil et grand remplacement, des idées reçues

Le démographe note qu'il "y a deux types de mouvements xénophobes, ceux qui disent qu'ils commencent à devenir de plus en plus nombreux, mais aussi l'inverse, où on est dans une situation où il y a très peu d'immigrés, et à peine commence-t-on à en voir qu'aussitôt on réagit". De fait, selon lui, "l'idée qu'il y aurait une sorte de seuil, qu'il y aurait des capacités d'accueil et que celles-ci seraient mesurables, n'a aucun fondement scientifique".

Dans son ouvrage "Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir", il évoque l'apparition du terme de "grand remplacement" : à l'origine il s'agissait d'un rapport de l'ONU en 2000-2001 "qui disait que des myriades de migrants ne suffiraient pas à contrer le vieillissement". Selon lui, "ça a été mal compris, Le Pen a dit que l'ONU voulait nous submerger avec des millions de migrants, alors qu'il s'agissait d'un raisonnement par l'absurde". Il ajoute qu'actuellement en France, "on n'en est pas vraiment au seuil de remplacement, l'immigration apporte un petit complément. Il y a beaucoup plus de naissances que de décès, alors que la plupart de nos voisins ont plus de décès que de naissances".

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François Héran est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire nouvellement créée Migrations et sociétés. © Radio France /
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