Irène Frachon, médecin pneumologue, lanceuse d'alerte dans l'affaire du Mediator, est l'invitée d'Ali Baddou à 7h50, à quelques jours de l'ouverture du procès pénal de cette affaire.

Irène Frachon
Irène Frachon © Radio France

À quelques jours de l'ouverture, au tribunal correctionnel de Paris, du procès pénal de l'affaire du Mediator, Irène Frachon, pneumologue, qui avait lancé l'alerte dans cette affaire en 2010, se dit "sereine et infiniment soulagée" : 

Cela fait 12 ans qu’on se bat contre un déni terrible, une maltraitance des victimes. L’une d’elles m’a écrit hier qu’il fallait que les juges “sifflent enfin la fin de la récré”. Il y a urgence. Les victimes sont nombreuses à attendre la fin d’un long calvaire.

La médecin rappelle qu'il y a déjà eu des décisions dans cette affaire au civil, "et surtout une procédure d’indemnisation qui a réussi à faire plier Servier après de longues années de combat pour indemniser plus de 3 700 victimes", et qu'une première citation directe en 2013, rapidement avortée, avait tout de même permis "de voir Jacques Servier face à des juges, car vous savez qu’aujourd’hui ce procès s’ouvre sans le principal fondateur de ce crime industriel totalement inouï", mort en 2014 à l'âge de 92 ans. 

En revanche, les pouvoirs publics seront sur le banc des prévenus : "La responsabilité de l’État a été reconnue, et l’Agence nationale du médicament, l’ANSM, est sur le banc des prévenus, pour des faits de blessures et homicides involontaires par négligence", précise Irène Frachon : "Un certain nombre des experts de cette agence sont traduits individuellement devant le tribunal correctionnel pour avoir porté une double casquette : ils ont à la fois conseillé cette agence et conseillé de façon occulte les laboratoires Servier contre rémunération pour dire ce qu’il se passait dans l’agence".

En revanche, pas de personnel politique ni parmi les prévenus ni même parmi les témoins, alors que selon elle "tout au long de cette histoire, le réseau d’influence tentaculaire quasi mafieux du laboratoire Servier n’a pas épargné les cabinets ministériels". "En 2000 le cabinet de Jean François Mattéi a obstinément refusé de dérembourser le Médiator malgré des demandes itératives de la CNAM", explique-t-elle par exemple. 

Irène Frachon assistera à l'essentiel du procès. Aujourd'hui, elle dit avoir encore besoin de comprendre : 

J’ai besoin de comprendre comment une telle chose est possible en France : des milliers de morts parce qu’un laboratoire pharmaceutique a commercialisé sciemment un poison mortel pendant des dizaines d’années, adoubé par des autorités de santé. 

"C’est tellement inouï que j’ai vraiment besoin de comprendre comment cela a été possible", insiste-t-elle. Même si elle n'a jamais cessé de travailler, elle dit avoir "bien compris que cette histoire ne me lâcherait jamais, parce qu’il y a des milliers de victimes, et que ces victimes-là ont pris perpette. Chaque jour, chaque nuit, elles entendent le bruit de valves mécaniques qui leur rappellent que leurs jours sont comptés".

On ne sort pas indemne, on sort lucide de ce combat.

Irène Frachon explique ainsi que sa vision du monde médical a changé : "Il y avait un système que j’admirais profondément, que j’admire toujours pour l’innovation thérapeutique, mais qu’il existe aussi des possibilités de dévoiement thérapeutique, que la santé n’est pas un sanctuaire". Toutefois elle nuance : "Je me suis aussi aperçue qu’il y a des gens prêts à s’engager, à prendre des risques. C’est le cas de médecins, de citoyens, de magistrats, mais aussi de responsables politiques : Xavier Bertrand, Marisol Touraine et Agnès Buzyn ont constamment manifesté leur soutien auprès des victimes en priorité".

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