Pierre Birnbaum, sociologue et historien, est l'invité d'Ali Baddou à 7h50

Dans une tribune au Monde, un collectif de hauts-fonctionnaires dénonce la confusion entre la haute administration et la politique du gouvernement. Pierre Birnbaum, historien et sociologue, auteur de Où va l’Etat ? Essai sur les nouvelles élites du pouvoir (Seuil) réagit.

Des hauts-fonctionnaires dénonçaient cette semaine, dans une tribune au "Monde", la prise de pouvoir des administrations centrales dans l'appareil politique.
Des hauts-fonctionnaires dénonçaient cette semaine, dans une tribune au "Monde", la prise de pouvoir des administrations centrales dans l'appareil politique. / Le Monde, capture d'écran

"On dénonce la fonctionnarisation du politique depuis quarante ans. Ça n’est pas neuf. Les hauts-fonctionnaires ont accédé au politique depuis De Gaulle."

Dire que les ministres sont choisis parmi les directions d’administration, c’est faux.

"Parmi les seize ministres, une seule personne, Florence Parly, a effectivement été directrice d’administration centrale, précise le sociologue.  Il n’y a que deux énarques." Pour lui, "les signataires [de la tribune du Monde] confondent cabinets et ministères."

Au fond, Pierre Birnbaum rappelle que, au gouvernement, "on trouve très très peu de fonctionnaires, et c’est un changement radical".

"Ce que les hauts-fonctionnaires qui s'expriment dans Le Monde ne voient pas, c’est la montée du privé, qui a une emprise incomparablement grande, au sein des cabinets, du président et du Premier ministre."

Le sociologue estime que l'on assiste à une transformation de la circulation des élites.

"Le cas d'Emmanuel Macron est emblématique : on a des gens qui sont des hauts-fonctionnaires, des adeptes du service public, qui adhèrent à ses valeurs et à l’intérêt général, puis qui sont passés dans le privé – et pas n'importe lequel : Areva, Rotschild…"

Des techniques de gestion issues du privé sont introduites par des personnels qui ont fait de grandes écoles de commerce. Est-ce une intrusion du privé ? "Non, ce sont des techniques du privé importées au sein de l'État pour le faire fonctionner de façon plus efficace. Là, c'est tout à fait nouveau."

Ceux qui évoquent la montée en puissance d’une oligarchie ont totalement tort. Une forme de marxisme réductionniste que l’on pensait avoir disparu.

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