Raymond Depardon, réalisateur, est l'invité d'Ali Baddou à 7h50.

Le réalisateur nous parle de son film "12 jours" présenté en sélection officielle au festival de Cannes 2017.  Le documentaire s'arrête sur ce moment de bascule où le juge vérifie la procédure médicale visant à maintenir une personne, au delà de 12 jours, en hôpital psychiatrique.

"Douze jours, c'est le délai imposé aux hôpitaux psy de statuer sur le cas de leur patient, dans le cadre d'une hospitalisation sans consentement ", explique Raymond Depardon : "Cela oblige les psychiatres à statuer sur leurs patients, et c'est une avancée des droits de l'Homme".

"Il y a en peu qui sortent", poursuit le réalisateur, qui rappelle que "les juges et avocats rentrent dans l'hôpital psy, et c'est une avancée énorme" : "C'est très impressionnant (...)Les gens veulent sortir et j'ai mis toute mon expérience à les filmer, pour montrer toute une couche de la société française qu'on ne voit pas, ce sont des hyper-sensibles, le regard fixe avec les effets secondaires". 

"On ne peut pas laisser 1, 800 000 personnes à l'hôpital. On sait que ce sont des gens fragiles, et cela touche toutes les couches de la société, tout le monde peut-être concerné (...)Ça commence au burn-out" poursuit le photographe-réalisateur. "En faisant ce film en marge de la société, j'ai fait une photo de la France d'aujourd'hui, la violence au travail, quotidienne, dans la rue".

C'est mon troisième film dans les hôpitaux psychiatriques, donc je ne suis pas tombé dans le panneau de stigmatiser l'hôpital psychiatrique, ça a beaucoup changé, aujourd'hui chacun a la clé de sa chambre. On s'améliore mais il faut continuer

C'est important de porter un regard sur les gens qui souffrent, estime Raymond Depardon, qui confie qu'il y a, comme toujours, "un long travail de montage" : "Je monte beaucoup, je prends du temps, pour peser le pour et le contre, pour se laisser attirer par des personnages qui nous touchent".

Comment éviter le voyeurisme? "Bien photographier [les patients], bien cadrer les choses, Il y a un rapport avec l'esthétique", explique Depardon qui cite aussi les termes d'une lettre de Camus à René Char : "La beauté et les aliénés, je ne voudrais trahir ni les uns ni l'autre". 

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Raymond Depardon © Radio France / Anne Audigier
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