Le Pr Bruno Riou est directeur médical de crise de l'AP-HP sur le coronavirus Covid-19. Il est l'invité d'Ali Baddou à 7h50.

Le professeur Bruno Riou
Le professeur Bruno Riou © AFP / Jacques Demarthon

Pour le Pr Riou, "on est dans une crise sanitaire d’une gravité exceptionnelle". "On a un paradoxe avec cette maladie : le risque individuel est faible, mais c’est un virus extrêmement contagieux qui touche beaucoup de personnes. Si on prend l’hypothèse d’une mortalité de 1 %, ça veut dire au moins 170.000 personnes actuellement infectées. Le nombre de patients qui arrivent en réanimation est considérable, et le risque c’est que ça dépasse nos capacités."

Éviter la saturation en transférant des patients ailleurs

C'est le principal risque selon lui : la surcharge des services de réanimation, en particulier en Ile-de-France cette semaine. "Sur les huit derniers jours, on est passé de 350 patients en réanimation à 1293 en Ile-de-France. 350 ce n’est pas loin de la capacité maximale... Il va falloir que dans les jours qui viennent on continue à ouvrir de nouveaux lits de réanimation, ce qui suppose une mobilisation assez extraordinaire de l’ensemble des hôpitaux et des cliniques. Cette mobilisation risque de ne pas suffire, c’est la crainte de tous les soignants aujourd’hui : il ne  faut pas qu’on soit en situation de dépassement."

Comment éviter un dépassement, alors même qu'on n’est "pas encore au plateau de la courbe de l’épidémie" ? "De la même façon qu’ont été organisés dans l’Est de la France des transferts interrégionaux, il faut aussi qu’on commence à transférer des patients [d’Ile-de-France] dans les régions qui sont le moins touchées et qui ont des disponibilités de lits de réanimation. Le but c’est de retrouver de la capacité pour les malades de demain et d’après-demain."

D'un point de vue pratique, "ces transferts interrégionaux doivent être pilotés au niveau national : jusqu’ici la priorité c’était l’est de la France, mais désormais ça va aussi être l’Ile-de-France."

Les personnes âgées en première ligne, quelques cas graves chez les jeunes

"Le profil des patients n’a pas évolué par rapport à ce qu’on savait précédemment", estime le Pr Bruno Riou, lorsqu'on évoque l'arrivée de plusieurs cas graves chez des population plus jeunes. Pour lui, tout est question de proportion : "On sait que, heureusement, [le virus] épargne les enfants, qu’il épargne relativement les jeunes adultes, et touche de façon très dominante les personnages âgées ayant des comorbidités. À partir du moment où il y a de plus en plus de patients touchés, il y a de plus en plus de patients graves : et même si la population des plus jeunes a un risque individuel extrêmement faible, naturellement il y aura quelques patients sévèrement atteints parmi les plus jeunes."

Où en est le moral des soignants ? "Pour l’instant la mobilisation est assez exceptionnelle, tout comme la mobilisation des étudiants de santé. Dans ces périodes de crise, on ne parle pas de moral, tout le monde est mobilisé." 

Et quand on lui demande ce que les Français peuvent faire pour aider les soignants, le Pr Riou rappelle que "les seules mesures qui marchent aujourd’hui, ce sont les gestes barrières et le confinement. Certains avaient dit qu’ils ne pourraient pas supporter des mesures de confinement aussi drastiques qu’en Chine, on voit que ce n’est pas vrai."

Les invités
  • Bruno RiouDirecteur médical de crise de l'AP-HP sur le coronavirus Covid-19
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.