Marc Lambron, écrivain et académicien, est l'invité d'Ali Baddou à 7h50. Il publie "Vie et mort de Michael Jackson", alors qu'une exposition est consacré au roi de la pop au Grand Palais, à Paris.

Comment un Académicien se retrouve-t-il à écrire sur Michael Jackson ? Pour Marc Lambron, qui publie Vie et mort de Michael Jackson, "l'Académie française peut être rock et soul à l'occasion", rappelant que "Michael Jackson a commencé en 1969 avec les Jackson Five, et est mort en 2009 : ça fait 40 ans, je n'ai pas été à l'Académie pendant 40 ans". Dans cet ouvrage, l'écrivain dit analyser et décomposer la fascination pour le "roi de la pop". 

"Je ne sais pas si on peut faire danser avec une plume, lui en tout cas nous a fait danser".

Qu'avait Michael Jackson de plus que les autres, et notamment que ses frères ? "C’est le plus doué et le plus polymorphe : c’est un être pluriel, une sorte de déesse indienne, de Shiva. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il représente une problématique du trans- : il est toujours sur la lisière, il y a quelque chose d’indécidable. Est-ce un adulte ou un enfant, un homme ou une femme, noir ou blanc ? Il pose la question de la PMA, de la GPA, et même du transhumanisme, parce qu’il s’est sculpté lui-même". 

On peut raconter la vie de Michael Jackson comme celle d'un saint... ou d'un démon, explique Marc Lambron. "Pour les fans il y a un Michael Jackson très sucré, très guimauve, qui a donné tous les signes du kitsch américain sur le mode parc d’attraction", explique-t-il, se référant à sa propriété, Neverland. Et puis il y a la facette "Edgar Allan Poe, de toutes ces créatures, qu’il met en scène dans le clip de Thriller. Il y a toute cette part maudite chez Michael Jackson qui ensuite, à son détriment, va commencer à dérégler la trop belle machine à danser. C’est cela qui est fascinant : comment un artiste du calcul et du paramétrage devient un être tragique." 

Le personnage de Michael Jackson a été marqué par la question du temps qui passe dès ses débuts. Quand il chante I Want You Back avec les Jackson Five, il a 11 ans, et "on a appris que son père Joe avait tenté une castration chimique pour que sa voix ne change pas". Devenu héros de dessin animé l'année suivante, il voit son image se figer "dans un toon", explique Marc Lambron. "Il veut déjouer le temps", mais c'est le temps qui gagne à la fin, raconte-t-il, comparant ses transformations physiques à du body-art. Il souligne l'ironie du sort : "Le zombie qu'il mettait en scène dans Thriller, il l'est quasiment devenu à la fin". 

Pour Marc Lambron, Michael Jackson est un personnage de clips, fait pour MTV, pas pour la scène. "Sur scène, il ne pouvait pas changer un iota de ce qu'il faisait ; on avait le sentiment de voir le clip en moins bien, et en plus il y avait le soupçon du playback", affirme-t-il de celui qui selon lui a été "hyperprophète de la culture de masse". 

Quelle leçon tirer de la vie et de la mort de Michael Jackson ? "Il y a des millions de fans sur terre qui veulent absolument un Michael Jackson angélisé. Allez voir les tableaux de David LaChappelle au Grand Palais, où il est à la fois ange et démon : les deux sont possibles, et ça ressemble, pour finir, à un être humain". 

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Marc Lambron © AFP / Eric Feferberg
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