La philosophe Myriam Revault d’Allonnes, chercheuse associée au Cevipof, publie "Le Miroir et la scène" sur la représentation politique. Elle est l'invitée d'Ali Baddou.

Myriam Revault d’Allonnes
Myriam Revault d’Allonnes © Radio France / Anne Audigier

Alors que la saison présidentielle s'engage, la philosophe Myriam Revault d'Allonnes s'intéresse au concept de représentation politique, dans un livre intitulé "Le miroir et la scène" sorti la semaine dernière.

Macron et la philosophie

Et ce vendredi dans le Monde, elle signe une tribune sur Emmanuel Macron et son bagage philosophique : "Le poste d'assistant à l'Université a disparu en 1968, Emmanuel Macron n'était pas né. Donc il n'a pas été l'assistant universitaire de Paul Ricoeur, il a dû l'aider en tant qu'assistant éditorial".

"Ou bien Macron se prévaut d'être lui-même philosophe, ou bien c'est son entourage qui fait circuler cette information... Il est indéniable qu'il ait une culture philosophique, c'est évident, mais de toute façon ce n'est pas parce qu'on a fait de la philo qu'on est un bon politique".

La présidentielle et la représentation

"Je ne suis pas sûre que la présidentielle soit un moment de haute intensité politique, c'est un moment d'hystérisation certainement, en tout cas de focalisation, qui empêche de comprendre ce qu'est la représentation", explique-t-elle. "Il y a une sorte de rétrecissement et d'aplatissement de cette notion, comme si toute la représentation se réduisait à l'élection".

Car pour cette philosophe, la représentation politique ne se limite pas à l'élection d'un représentant. "C'est beaucoup plus qu'un processus de délégation à un chef. Il y a une autre dimension, qui consiste à se représenter soi-même comme citoyen", et qui "est complètement occulté dans cette opération".

D'autant plus que la notion de représentation n'est devenu un concept politique que très tard : les sociétés médiévales ou les démocraties antiques ne faisaient pas appel à la représentation pour "se constituer comme un tout politique et social".

Le vote et la représentation

Sait-on vraiment ce qu'on veut quand on met un bulletin dans l'urne ? "On ne sait pas très bien si on veut voter pour quelqu'un qu'on désigne parce qu'il est plus apte que nous (...), ou bien si on va voter pour quelqu'un qui nous ressemble", explique Myriam Revault d'Allonnes.

"Quand Hollande a voulu être un "président normal", cette idée est rentrée en contradiction avec l'idée d'une forme de supériorité pour ceux qui nous représentent".

"Quand on se plaint d'être mal représentés, ça repose peut être sur l'idée que la représentation serait quelque chose entre la copie et le modèle". En étymologie, la représentation veut dire "rendre visible". Mais cela signifie aussi "se représenter en tant que citoyen".

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