Lorraine de Foucher, journaliste au journal « Le Monde » et co-réalisatrice du documentaire "Féminicides" diffusé ce mardi 2 juin 2020, sur France 2, est l'invité de Mathilde Munos.

Collage nocturne par un groupe de militants contre les féminicides, à Montreuil, le 26 mai 2020
Collage nocturne par un groupe de militants contre les féminicides, à Montreuil, le 26 mai 2020 © Radio France / Noémie Coissac / Hans Lucas /

Un an de travail, des dizaines de journalistes dédiés à ce seul sujet : le journal, Le Monde, publie une grande enquête sur les féminicides, et c'est la première fois qu'une telle enquête de société a lieu en France

"On a eu des sources très différentes, on a travaillé les dossiers judiciaires (des dossiers de meurtres notamment), et beaucoup de terrain, beaucoup parlé aux proches des victimes, magistrats, avocats, associations, on a essayé de balayer tout le tissu autour de ce fait traumatisant" explique Lorraine de Foucher, l'une des enquêtrices : "On travaille sur des faits récents, le corpus de 2018, des faits d'un an, un an et demi, et quand on arrive, c'est encore très compliqué, je salue surtout le courage de nous avoir parlé, c'est pas quelque chose d'évident à faire".

L'enjeu de ce travail était de réussir à faire émerger ce schéma criminel : "Avant le féminicide, un contrôle très fort se met en place sur la victime . C'est quand celle-ci essaie de faire face à ce contrôle que la sanction tombe".

On a l'impression que ces meurtres avaient un caractère un peu accidentel : en fait c'était très violent, avec des modes opératoires d'une violence inouïe, beaucoup de coups de couteau, de fusil, de défenestrations.

"Meurtres de possessions"

"Lors de l'année 2019 le mot 'féminicide' est beaucoup apparu, il a beaucoup circulé, mais autour de la qualification des faits, on avait un problème de vocabulaire (comme "crime passionnel") qui empêchait de faire émerger la nature de ces meurtres" analyse Lorraine de Foucher .

"Tout ça n'a pas grand chose à voir avec l'amour", traduit la journaliste qui explique qu'on a souvent posé sur ces faits un "vernis romantique", mais qu'ils sont en fait un "meurtre de possession" : "Avant le passage à l'acte, il y a une transformation en objet, traumatisante".

"En France, poursuit-elle, assez peu de recherches sont faites sur les auteurs": ces derniers sont souvent exposés à la violence pendant l'enfance, peuvent souffrir d'une perception dégradée de la femme, et présentent un problème face à la gestion de leurs émotions.

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