Luc Martinon, ingénieur informaticien et cofondateur du site Euros For Docs, pour la transparence du lobbying des industries de santé, est notre invité du 6h20.

Comment assurer la transparence du lobbying de l'industrie pharmaceutique, et des liens financiers entre les labos et les professionnels de santé ? C'est l'idée du site Euros for Docs, qui recense ces informations : "En France, les entreprises pharmaceutiques sont obligées de déclarer à l'État chaque fois qu'elles invitent un professionnel de santé à un événement, un repas, un congrès, ou quand ils ont des contrats de consulting", explique Luc Martinon, co-fondateur de Euros for Docs. "Ce que fait notre site, c'est qu'il facilite l'accès à cette base de données. A la base, ce sont des données dans lesquelles il n'est pas facile de chercher. Euros for Docs a utilisé ces données pour les rendre plus faciles d'accès". 

Depuis mardi, le projet s'est élargi à une dizaine d'autres pays européens, alors qu'il n'existe pas, dans la majorité des pays, d'équivalent de la loi sur la transparence de la santé. "Ce dont on dispose, c'est les données issues de l'auto-régulation, ce que les industriels pharmaceutiques publient eux-mêmes. Ils ont signé et défini ensemble un code de conduite, mais ça n'a pas du tout la même valeur qu'une loi". Pour récupérer ces données, c'est plus complexe : "Les données sont publiées mais de façon à ce qu'elles soient peu utilisables. Elles sont dispersées sur les différents sites des labos : j'habite en Allemagne, si je veux connaître les liens de mon médecin traitant, il faut que j'aille sur les sites de quelque 60 labos". 

"Le concept d'avoir un fichier PDF sur chaque site de chaque entreprise, c'est déjà une façon d'empêcher des sites comme le nôtre de se lancer. Mais certaines boîtes vont plus loin : sur le site de Roche Italie, ce sont des images extrêmement pixellisées, où on ne peut pas faire de recherche texte. Celui-là, on n'a pas réussi à l'intégrer. Notre base de données est imparfaite parce que la situation est imparfaite. Mais cela nous donne un argument pour obtenir une loi sur la transparence à l'échelle européenne", explique le cofondateur de la plateforme. 

Pourquoi avoir mené ce projet à l'échelle européenne ? Pour Luc Martinon, "on voit bien que l'objectif de l'industrie pharmaceutique en publiant ces données sous la forme d'une autorégulation, c'est d'empêcher l'arrivée des lois transparence santé dans d'autres pays d'Europe, voire à l'échelle européenne. Il y a un challenge à défier leur hypocrisie".

  • Légende du visuel principal: L'industrie pharmaceutique, en France, est obligée de déclarer ses liens avec les professionnels de santé. © AFP / GUILLAUME SOUVANT
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  • Luc MartinonIngénieur informaticien cofondateurs du site Euros For Docs pour la transparence du lobbying des industries de santé
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