Entre coronavirus et hommage à Samuel Paty, dans quel état d’esprit se trouvent les enseignants pour cette rentrée scolaire sous tension ? Sophie Mazet, professeure d'anglais et "d'autodéfense intellectuelle" au lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen, est l'invitée de Mathilde Munos.

Rentrée sous tension pour les profs après les vacances de la Toussaint, quinze jours après l'assassinat de Samuel Paty et alors que démarre le second confinement
Rentrée sous tension pour les profs après les vacances de la Toussaint, quinze jours après l'assassinat de Samuel Paty et alors que démarre le second confinement © AFP / Mathieu Menard / Hans Lucas

Sophie Mazet est professeure dans un lycée de Saint-Ouen, et elle avoue, pour cette rentrée d'automne, être démunie: "Je ne sais pas du tout comment je vais commencer l'accueil des élèves. J'ai pas la première phrase, même si j'ai beaucoup pensé à ça, c'est la première fois que je suis autant démunie, comme beaucoup de collègues, et je ne pense pas que quoi que ce soit puisse nous aider. "

Ainsi pour marquer le coup, elle explique : "J'accueille les élèves ce matin mais je serais en grève cet après midi". Elle se sent aussi abandonnée dans la mise en place de l'hommage à Samuel Paty :

"Le premier format (de l'hommage, dans les cours, avant 10h) était pas terrible mais on avait au moins le temps pour échanger avec les élèves avant ce temps de silence. Là c'est la marque d'un mépris envers les enseignants qu'on connaissait déjà. Pendant quinze jours on était tous enseignants, et là ce mépris commence à se voir un peu aux coutures".

Pas de soutien du rectorat

"Ce ne sont pas les élèves à mettre en cause dans cette histoire là", estime l'enseignante qui se demande bien comment leur en parler : "Ils sont dans leur rôle d'élèves de contester, ce qui est dangereux, ce sont les influences extérieures. Il faut faire confiance à nos élèves et à leur capacité à évoluer".

Lorsque des conflits s'enveniment, avec les parents d'élèves, elle note surtout que ce sont avec des influences extérieures. Quand au dialogue avec ses élèves, comme après les attentats de Charlie Hebdo, où certains ont entendu des commentaires radicaux : "J'ai toujours pris le parti d'entendre des choses parfois très dures, mais le dialogue est le principal. Chez nous le problème se pose au niveau du rectorat, je dirais qu'ils s'en lavent les mains. En fin de compte, ils décident de ne pas faire". 

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  • Sophie Mazetprofesseure d'anglais et "d'autodéfense intellectuelle" au lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen
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