"Voulez-vous que la Nouvelle Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?" Voilà la question qui sera posée dimanche aux 180 000 électeurs de cette collectivité française du Pacifique. Pour en parler, Mathilde Munos reçoit Isabelle Merle, spécialiste de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie.

Le scrutin en Nouvelle-Calédonie a lieu dimanche
Le scrutin en Nouvelle-Calédonie a lieu dimanche © AFP / Theo Rouby

Il y a deux ans, le non à l'indépendance l'avait emporté lors d'un premier référendum. L'écart avait été finalement plus resserré que prévu, à 56%. Est ce qu'il y a une vraie incertitude pour dimanche ? 

Isabelle Merle : "On se gardera de faire des pronostics, mais néanmoins, c'est vrai que la campagne est dynamique, parce que les enjeux sont plus forts qu'au premier référendum - pour deux raisons. 

  1. c'est le deuxième référendum sur une série de trois qui est prévu d'ici 2022. 

  2. au premier référendum, les sondages annonçait une écrasante majorité pour le "non" ; les résultats aujourd'hui peuvent être plus serrés. 

L'enjeu central de ce scrutin, c'est quoi ? La lutte contre les inégalités sociales ?

IM :Ça n'est pas du tout suffisant de dire ça. Effectivement, il y a des inégalités extrêmement criantes en Nouvelle-Calédonie, mais les aspirations sont au-delà. Le processus ouvert il y a trente ans pour un accès à la pleine souveraineté et à l'indépendance a déjà été très entamé, par des transferts de compétences massifs de l'Etat vers le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. C'est une communauté d'outre mer dotée d'une autonomie importante [...] gagnée par ce qui s'est passé dans les années 1980 et le rétablissement de la paix civile avec deux accords, et en particulier l'accord de Nouméa en 1998 qui a ouvert vraiment un processus original de décolonisation

Aujourd'hui, on est dans la question des transferts des dernières compétences régaliennes ainsi que des compétences qui n'ont pas été transférées encore, avec une aspiration à la construction d'un projet pays.

Même si le "non" l'emporte et que la Nouvelle Calédonie reste française, ça voudra dire que la France sera obligée de "lâcher un peu de lest" ? 

IM : Ce n'est pas tellement de lâcher du lest parce que, du lest, elle en a lâché. En tous les cas, il y a eu un réel effort de rééquilibrage depuis 30 ans qui est notable, le pays a considérablement changé. Il y a eu aussi des efforts de négociation, des missions de dialogue qui ont été organisées depuis 2011. C'est aussi des efforts notables. 

La question, c'est plutôt un accompagnement vers une sortie d'une situation de pacte un peu épuisé - ce lien de la Nouvelle Calédonie à la France depuis 1853.

Ce serait intéressant d'avoir une posture très innovante, un rapport nouveau de partenariat avec un territoire comme la Nouvelle-Calédonie, qui est un petit pays qui aspire à pouvoir négocier ses interdépendances, mais qui, évidemment, est extrêmement lié à la France.

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  • Isabelle MerleHistorienne, chargée de recherches au CNRS et directrice du CREDO
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