Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, est l'invitée de Mathilde Munos, à l'occasion de la sortie de son rapport inquiétant sur l'année 2019.

Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté
Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté © Radio France / JACQUES DEMARTHON

Chaque année, le contrôleur général des lieux de privation de liberté dresse un état des lieux des prisons, des établissements psychiatriques, locaux de garde à vue ou des centres de rétention, et les dysfonctionnements pointés du doigt sont alarmants.

"Globalement, ça n'a pas évolué dans un sens positif", explique Adeline Hazan, qui occupe ce poste. "Les droits fondamentaux des personnes privées de liberté sont en régression, le réflexe de l'enfermement devient de plus en plus important pour les délinquants ou présumés, les malades psychiatriques, ou les étrangers en situation irrégulière."

"Alors que toutes les lois affirment que l'enfermement doit être l'exception, et la liberté la règle, c'est l'inverse qui se produit."

"Le contexte est de plus en plus anxiogène, ce qui s'est accentué depuis 2015 quand le terrorisme a frappé le pays : la liberté faisait peur, et on se rassurait à bon compte en multipliant les solutions d'enfermement, alors que pour certains malades mentaux ou étrangers en situation irrégulière, il y a d'autres solutions (assignation à résidence, soins en milieux ouverts...)"

"Les conditions de l'enfermement sont de plus en plus difficiles : promiscuité, conditions de séjour indignes : des sommes d'atteintes au droit fondamentaux des personnes."

Rôle de vigie fondamental

"On rencontre les mêmes constats de privations de libertés dans tous ces établissements : dignité globale pas respectée, conditions de séjours inacceptables, absence de préparation à la sortie : il y a un tronc commun à ces atteintes", estime Adeline Hazan, qui mesure des progrès à petits pas. "Le domaine où nous avons été entendus, c'est le domaine de la psychiatrie, où nous avons fait en sorte que les mesures d'isolement et de contention soient en régression, puisqu'une loi de 2016 les a encadrées. Nous souhaitons être davantage entendu pour les prisons."

"Nous n'avons pas de pouvoir d'injonction, mais dans certains domaines nous arrivons à faire bouger les choses, par des recommandations", explique la contrôleure, précisant qu'après le Covid, la proposition de régulation carcérale (faire sortir les détenus un peu en avance de leur peine) a été entendue. "Il est indispensable qu'une autorité indépendante comme la nôtre puisse porter la voix de ceux qui sont enfermés".

"Nous avons un rôle de vigie des droits fondamentaux, même si nous ramons parfois à contre courant de l'évolution de la société."

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