Caroline De Haas est notre invitée de 6h20 pour nous parler de la sortie de son livre "En finir avec les violences sexistes et sexuelles" aux édition Robert Laffont

C'est un livre de combat, presque un guide pratique. Dès les première pages, apparait un message positif : "Je peux t'aider". La militante féministe Caroline de Haas se dit très optimiste sur l'avenir. La société, dit-elle, a énormément bougé ces dernières années. 

Depuis le jour où j'ai moi-même été formée à détecter les violences, à comprendre ses mécanismes, depuis que je connais les numéros de téléphone et que je peux aider les victimes, en fait, ma vie a tout simplement changé.

La première étape, c'est de sortir du déni de cette violence. Caroline de Haas revient sur des situations que l'on connait, lors de discussions avec des collègues ou de la famille. Revenir sur les violences que l'on peut vivre au quotidien peut donner "ce sentiment que globalement, ça va. Mais en fait, ça ne va pas".

"Pour sortir de ce déni, il faut d'abord connaitre les chiffres : en France, au XXIème siècle, 200 000 femmes sont victimes de violences au sein de leur couple. Ça veut dire que 100% des personnes qui nous écoutent ou nous lisent en ce moment connaissent une personne qui a subi des violences au sein du couple. 32% des femmes, donc une femme sur trois, ont déjà connu du harcèlement ou ont déjà subi du harcèlement sexuel au travail".

Caroline de Haas : "Il faut commencer par identifier le problème. La violence physique, elle, est simple à constater. Mais à partir de quand commence la violence ? Au sens général ? Qu'est-ce que la violence ? Les violences sexistes et sexuelles, c'est un continuum d'actes qui peuvent aller de ce qu'on appelle l'agissement sexiste, c'est-à-dire un propos sexiste qui va vous mettre mal à l'aise. Par exemple, ça, c'est interdit. On ne le sait pas, mais au travail, on n'a pas le droit de tenir des propos sexistes, racistes, homophobes, transphobes, par exemple. Et cela peut aller jusqu'au viol et au féminicide. Alors, évidemment, il n'y a pas de lien direct entre un agissement sexiste et un viol. C'est deux choses totalement différentes. 

Mais ces violences sont liées entre elles par ce qu'on appelle le continuum des violences.

C'est-à-dire le fait qu'il y ait, en France comme dans tous les pays du monde, une grande tolérance vis-à-vis des agissements sexistes, cela fait qu'on est aussi assez tolérant vis-à-vis des propos à connotation sexuelle, donc du harcèlement sexuel. Et puis, ça veut dire qu'on est en fait assez tolérant vis-à-vis des agressions sexuelles et vis-à-vis du viol. Et donc, il y a un lien entre ces violences-là.

Quand je travaille sur la question des violences, je m'appuie sur la loi parce que c'est un outil très efficace qui permet d'identifier précisément si on est face à une violence ou pas. Par exemple, prenons l'exemple de deux collègues au travail qui parlent leurs histoires sexuelles. A partir du moment où il y a soit atteinte à la dignité, soit création par nos propos d'un environnement qualifié par la personne qui les reçoit d'intimidants, de hostiles ou d'offensants, on est là dans des choses illégales et donc c'est très différent d'être dans un rapport d'égal à égal. On va discuter entre personnes consentantes et dans un rapport où on va mettre l'autre mal à l'aise". 

Mais comment réagir face à ces violences ?

Caroline de Haas donne l'exemple déjà vécu par de nombreuses femmes qui s'entendent dire par un(e) collègue "Tu as tes règles ou quoi ?". L'insulte ou l'humiliation sont des réponses qui paraissent assez naturelles, mais il ne faut pas répondre dans ce sens. La militante rappelle que l'on a le droit de le penser, mais pas de le faire. Ce qu'il faut faire, c'est rappeller la loi : "Ce que tu nous dit là, tu n'as pas le droit, c'est interdit", tout en reprenant le Code du travail et la définition de l'agissement sexiste : "Je suis désolé(e). En fait, ce n'est pas expliqué dans la loi que si c'est drôle, ça passe. En fait, que ce soit drôle ou pas. Il n'y a pas de rapport. Tu n'as pas le droit de tenir des propos sexistes". 

Il faut donc se former à réagir à ces violences et pouvoir reconnaitre les violences sexistes et sexuelles avec la connaissance fine des mécanismes des violences. "Ce sont des choses que l'on retrouve dans quasiment toutes les histoires de violence. Il y en a notamment quatre qui sont très importants :

  • le premier, c'est l'isolement de la victime : quand vous avez une collègue qui vient déjeuner, quand vous avez une cousine qui donne plus de nouvelles, 
  • le deuxième, c'est la dévalorisation : c'est-à dire qu'une personne qui va avoir tendance à se dévaloriser régulièrement est peut-être victime de violence, est dévalorisée par quelqu'un, 
  • le troisième, c'est l'inversion de la culpabilité : quand vous avez une copine qui dit "ça ne se passe pas bien avec mon mec. Mais en même temps, c'est vrai que je suis pas facile à vivre. En même temps, c'est vrai que j'suis pas très soigneuse". Ce n'est pas normal qu'une personne victime de violences se sente coupable, 
  • et le dernier, c'est la peur : il n'est pas normal d'avoir peur de quelqu'un au travail ou à la maison. C'est un signal d'alerte. Non pas que vous, vous avez un problème, si vous avez peur, mais que l'autre a un comportement qui dysfonctionne, ça, c'est anormal". 

Comment faire quand quelqu'un vient nous confier une situation de violences ? 

Caroline de Haas : "Quand quelqu'un vient nous confier des violences, notre première réaction générale, c'est d'être dans l'action : 'Attends, on va trouver une solution'. Mais on oublie souvent de dire les mots essentiels". 

Ces mots sont ceux-ci "je te crois. Tu as bien fait de venir me voir. C'est super courageux. Je te remercie de ta confiance. Ce que tu me raconte là, en fait, c'est grave et c'est interdit par la loi. Et je peux aider si tu le souhaites". 

Caroline de Haas redonne également les numéros de téléphone : 

  • pour les violences sexuelles : 39 19,
  • pour les enfants en danger : 119,
  • pour les personnes malentendantes, ça va être le sms 114.

On donne les numéros de téléphone et les noms des associations comme par exemple les C.I.D.F.F. (les Centres d'Information des Droits des Femmes et des Familles) qui existent dans tous les départements.

En finir avec les violences sexistes et sexuelles, Caroline de Haas, chez Robert Laffont

  • Légende du visuel principal: Caroline de Haas © AFP / Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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