Carole Blumenfeld, docteur en Histoire de l’art, a retrouvé la trace d'un tableau emblématique, "L'oiseau chéri" de Fragonard. L'oeuvre, dissimulée sous plusieurs couches de vernis, a nécessité six mois de restauration. Le tableau sera exposé au musée Jean-Honoré Fragonard à partir du 25 mai.

"L'oiseau chéri", tableau retrouvé de Fragonard, a nécessité six mois de restauration avant de pouvoir être exposé au public
"L'oiseau chéri", tableau retrouvé de Fragonard, a nécessité six mois de restauration avant de pouvoir être exposé au public © Radio France / Isabelle Leegenhoek

Que voit-on sur ce tableau ? 

C'est une maman qui porte en hauteur un enfant pour lui faire voir deux petites colombes. Le sujet est bien évidemment charmant, c'est l'éloge de la maternité, mais surtout de l'enfance car l'enfant y est vraiment mis en valeur, baigné de lumières. 

Ce tableau est apparu au XIXème siècle dans la collection de François Marcille, un grand collectionneur de Fragonard.

Il disparaît puis réapparaît en 1980 dans une petite vente à Rouen et est attribué à la belle-sœur de Fragonard. Il a été acheté pour rien et a disparu a nouveau. 

Pourquoi cette erreur ?

Il était recouvert d'un épais vernis, plein de repeints. La seule preuve de l'existence de ce tableau que nous avions était une photo timbre poste en noir et blanc qui nous faisait rêver. On ne voyait rien mais on avait compris que c'était du Fragonard. 

Comment cette découverte s'est-elle faite ? 

Le 28 juin 2017, j'ai appelé le fils de maître Fournier, qui a vendu ce tableau, pour lui raconter à quel point je désirais me le procurer, notamment pour terminer un ouvrage que j'écris. 

Deux jours plus tard, pur hasard, je reçois un coup de fil et on me dit qu'il y a un tableau qui sort de Normandie et que je peux venir le voir. Et c'était lui. 

Comment savoir que c'est bien le tableau si tout est recouvert ? 

Déjà il y a une intuition. J'ai tout de suite parlé de la restauration nécessaire pour ce tableau. Et ensuite il a fallu lui trouver une collection, de personnes de confiance. Et donc les sœurs Costa (collection de leurs parents exposée à Grasse) qui aiment profondément la peinture ont eu l'audace d'y croire et de faire confiance. Parce qu'il en faut du courage pour acheter un tableau sur lequel on ne voit rien. Il fallait aussi trouver un musée qui veuille bien l'acheter et attendre la restauration. 

Pourquoi le restaurer dans le plus grand secret ? 

Parce qu'il ne faut pas mettre de pression sur la personne qui va restaurer. Il fallait enlever toutes les couches de vernis, ce qui a pris beaucoup de temps. Ensuite on a compris pourquoi il y avait tous ces repeints. Déjà il y a la technique de Fragonard, des tableaux peints à la hâte où certaines couleurs sont mal broyées. Ensuite on a découvert que lui-même avait déjà peint sur un premier tableau. Il a ainsi badigeonné de noir sa première toile et recommencé pour finalement donner "L'oiseau chéri" 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.