Des milliards de criquets déferlent actuellement sur l'Afrique de l'Est, menaçant la sécurité alimentaire de la région. Cyril Piou, chercheur au centre de coopération internationale en recherches agronomiques pour le développement (Cirad) est l'invité de Mathilde Munos.

Invasion de criquets au Kenya
Invasion de criquets au Kenya © AFP / TONY KARUMBA / AFP

Dans toute la corne de l'Afrique, une dizaine de pays subit actuellement une invasion de criquets pélerins, qui ravagent tout sur leur passage. Signalés en Somalie, Tanzanie, ou Ouganda ces dernier jours, les essaims se déplacent dans plusieurs pays, et "certains sont encore au stade de la reproduction", explique Cyril Piou.

"Les plus grands essaims font plusieurs milliers de km² au Kenya, 60 km par 40 km, quand certains sont plus petits. Ils se déplacent en fonction des vents et mangent toute la végétation sous leur passage" poursuit le chercheur qui détaille : 

"Un essaim d'un km², c'est 40 millions d'insectes, qui mangent chaque jour l'équivalent de leur poids. Ça équivaut à ce que mangeraient 35 000 personnes par jour"

Dans ces régions, les plus impactés ne sont pas encore les agriculteurs, qui avaient rentré leur récolte avant l'arrivée des insectes, mais sont les éleveurs. Pourtant, précise Cyril Piou, "on craint pour les récoltes des mois qui arrivent". La stratégie de lutte actuelle réside dans l'épandage de pesticide chimique. "On a malheureusement pas d'autres outils", déplore-t-il. "Dans ce cas, on évacue la population, et ces épandages ont un impact clair pour les autres insectes et le reste de la faune", d'autant que parfois lors de l'épandage, les criquets sont déjà partis. "Les criquets utilisent les vents pour se déplacer, décollent le matin après s'être chauffé au soleil, c'est un processus connu qu'on peut anticiper, mais seulement de quelques jours".

La mieux reste encore, quand elle est possible, la gestion préventive qui consiste à "empêcher ces essaims de se former : "Ceux-là se sont formés après des épisodes de grande pluie sur la péninsule arabique,  il y a plus de 15 mois, en 2018". Et concernant cette gestion préventive, "certains pays avaient justement des systèmes défaillant, notamment ceux en guerre comme la Somalie" explique Cyril Piou qui rappelle qu'un seul biopesticide existe, un champignon qui tue les criquets. 

La FAO a besoin de dons pour mettre en place de meilleurs systèmes de luttes : "La réponse à cette crise doit arriver dans les 6 mois qui viennent sous peine de voir ces essaims se déplacer encore dans d'autres pays d'Afrique"

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  • Cyril Piouchercheur au Cirad (centre de coopération internationale en recherches agronomiques pour le développement)
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