"C'est une succession de clichés assez grossiers, un remake des poncifs complotistes de ces dernières années", estime l'historienne Marie Peltier à propos du film "Hold-Up", sorti jeudi, et qui laisse entendre qu'il existe un complot mondial dont la pandémie de Covid-19 serait l'objet.

Le film "Hold Up", capture d'écran.
Le film "Hold Up", capture d'écran.

"Le conspirationnisme se répand toujours à des degrés divers", explique l'historienne Marie Peltier, spécialiste de la question et autrice de plusieurs ouvrages sur le sujet (L'ère du complotisme : La maladie d'une société fracturée, Obsession : dans les coulisses du récit complotiste) alors que sortait jeudi un documentaire controversé, "Hold up", financé par des cagnottes en ligne, qui développe des théories complotistes autour de la gestion de la crise du Covid-19 et réunit une galaxie d'experts et sceptiques en tout genre. .

"Le documentaire ne dit pas explicitement que c'est une conspiration, il distille le doute sur une série des éléments, les masques, les vaccins, les mesures sanitaires. Pratiquement aucun conspirationniste ne dit explicitement qu'il y a un complot mondial, il va chercher à instiller le doute", décrit Marie Peltier. "C'est un condensé", poursuit-elle, s'étonnant toutefois de la "piètre qualité" du film. "C'est un bout à bout de clichés assez grossiers, un remake des poncifs de ces dernières années, ce n'est pas très subtil."

Construction narrative

Dans les récits complotistes, "il y a une construction narrative qui est l'idée que derrière le récit des événements, il y a une mise en scène au service d'intérêts cachés. Cette structure narrative est vraiment la trame de ces théories du complot. (...) Il y a aussi un imaginaire de la défiance à l'égard de ce qui est perçu comme la parole du système. C'est l'idée de discréditer un système qui nous oppresse et traquer les indices de la vérité cachée".

Ce discours s'appuie, selon l'historienne, sur les mesures perçues comme incohérentes depuis le début de la pandémie, "liées sans doute à de l'incompétence ou un manque de courage politique" alors que le conspirationnisme interprète ça "comme un signe du mensonge".  

Qui sont les porteurs de ce discours ? Cela va bien au-delà de quelques idéologues, insiste Marie Peltier. "On a, sur le web, une diffusion très large de cet imaginaire conspirationniste. A la fois de vrais idéologues profitent de la pandémie, mais il y a aussi le citoyen lambda qui va commencer à faire des 'recherches' et se construire sa propre version des événements. (...) Ça peut être vraiment tout le monde. Ce n'est pas seulement quelques personnes non éduquées, de telle ou telle origine. C'est inter-générationnel, c'est dans tous les milieux sociaux, y compris intellectuels."

Recrudescence à chaque trauma

À chaque trauma collectif, il y a "une réactivation" de ce discours, dit Marie Peltier. "Presque à chaque attentat, il y a une recrudescence de cette parole. Elle vient offrir une lecture clé en main d'un événement traumatisant. Forcément beaucoup de gens peinent à comprendre ce qui arrive, or le politique a été peu cohérent face à la gravité de la situation. C'est ce qui donne naissance à ces contre-récits, qui prétendent apporter la vérité sur la situation."

Face à ce type de discours, le plus important est "de quitter l'argumentation et la contre-argumentation pure", estime Marie Peltier. "Ça devient très vite contre-productif. Il s'agit de comprendre surtout pourquoi la personne adhère à ça, quelle est la colère, le sentiment qu'il y a derrière. C'est dans ce type de discussions fondamentales qu'on arrive à nouer un dialogue."

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