"Elle s'est dévouée, en pensant qu'elle ne sera jamais maire", raconte Ariane Chemin, invitée de France Inter mercredi, après la démission de Michèle Rubirola. La journaliste du "Monde" avait raconté mi-octobre dans un article le flottement et les hésitations du début de mandat.

Michèle Rubirola a tenu une conférence de presse, mardi après-midi, après l'annonce de sa décision.
Michèle Rubirola a tenu une conférence de presse, mardi après-midi, après l'annonce de sa décision. © AFP / Nicolas Tucat

Elle ne sera même pas restée six mois. Michèle Rubirola, quasi novice en politique, jusqu'alors plus militante qu'élue, a annoncé mardi son intention de laisser le fauteuil de maire de Marseille, au profit de son premier adjoint Benoît Payan. Au prochain conseil municipal, le dernier de 2020, lundi, ils devraient ainsi échanger leurs places. Très vite, "on a vu les fragilités, ou en tout cas les hésitations de cette femme", raconte Ariane Chemin, invitée de France Inter mercredi matin. Autrice, mi-octobre, d'un article sur "les débuts déroutants de Michèle Rubirola", la journaliste du Monde n'est "pas étonnée" par ce retrait.   

"Elle était heureuse de son élection mais malheureuse pendant sa campagne, à dire qu'elle n'y arriverait pas, ne pas être sûre de vouloir devenir maire", rapporte-t-elle. Mais pour comprendre cette décision, il faut aussi regarder dans le rétroviseur politique marseillais : après 25 ans de Jean-Claude Gaudin, "les socialistes voulaient reprendre la mairie mais se savaient en très mauvaise position à cause des diverses affaires qui ont ébranlé le PS marseillais"

Une militante "pure et dure"

Les socialistes "se sont dit qu'ils ne pourraient y arriver qu'avec une coalition de gauche et un candidat pour porter cette liste", poursuit Ariane Chemin. "Benoît Payan ne pouvait pas y aller, pas assez connu, trop représentatif des caciques du PS pour Jean-Luc Mélenchon." 

"[Michèle Rubirola] semblait tout le temps prise dans ces hésitations, secondée par son adjoint, Benoît Payan qui semblait avoir bien davantage envie de prendre la mairie qu'elle."

"Ils ont demandé à Michèle Rubirola, militante pure et dure, qui n'aime pas le pouvoir. Elle ne voulait pas. A l'époque, ils n'étaient pas du tout sûrs de gagner, on pensait que ce serait Martine Vassal, la candidate des Républicains, qui remporterait la mairie. Alors elle s'est dévouée, en pensant qu'elle ne sera jamais maire."  

Ariane Chemin revient sur cette anecdote, déjà racontée dans son article d'octobre : la maire de Marseille n'a pas de vrai bureau. "C'est à la fois son inconscient et une part d'elle qui se disait qu'elle ne resterait pas", pense la journaliste. "Il y avait une plaque qui disait 'Monsieur le maire' et c'était surprenant de voir une féministe comme elle désignée avec un nom d'homme."

"Un vrai binôme"

Michèle Rubirola a-t-elle scellé un pacte avec Benoît Payan, s'interroge la journaliste? "On ne sait pas ce qu'ils se sont dit. Mais c'est vrai qu'elle n'a jamais pu s'installer vraiment dans son bureau."  

Ils forment tous les deux "un vrai binôme", "fonctionnent en duo". Ariane Chemin se souvient d'un moment particulier : "Le lendemain de son élection, le 5 juillet, elle est invitée de France Inter. Mais elle ne vient pas et c'est Benoit Payan qui répond aux questions à sa place. La journaliste lui demande s'il est bien sûr qu'elle est maire de Marseille, qu'elle représente les Marseillais pendant six ans. Et il s'énerve à l'antenne : Tout était déjà là dans cet entretien."

"Si je pouvais être maire bis...", avait confié Michèle Rubirola à Ariane Chemin. "Il y a des choses dont elle aimerait s'occuper, le médical par exemple. Elle était aussi très présente sur la question des migrants, des écoles."

"Benoît Payan dit toujours qu'il rêve d'être maire de Marseille depuis qu'il a 15 ans."

D'après la reporter du journal Le Monde, ce scénario "étrange" pourrait bien mettre à mal l'unité de la gauche dans la cité phocéenne. "Les électeurs ont élu une femme, un peu hors partis, qui a réuni la société civile, et se retrouvent avec un maire qui ne ressemble pas au candidat élu."

"Benoit Payan, sans connotation négative, est un vrai apparatchik socialiste. Il a été six ans dans l'opposition, connait le fonctionnement municipal. Et il dit toujours qu'il rêve d'être maire de Marseille depuis qu'il a 15 ans", poursuit Ariane Chemin. Michèle Rubirola, qui voulait "gouverner autrement", "ne s'est jamais imaginée maire", pense la journaliste. "C'est un problème, car c'est ce qu'elle avait promis aux électeurs", conclut-elle. 

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