L'envie irrésistible des jeunes à faire la fête en temps de coronavirus va devoir être contenue : à partir de samedi, le couvre-feu impose d'être chez soi à 21h. Christophe Moreau sociologue spécialiste de la jeunesse, de l'éducation et de travail social, décrypte les conséquences de cette interdiction.

Les établissements recevant du public devront tous être fermés à partir de 21h
Les établissements recevant du public devront tous être fermés à partir de 21h © AFP / Geoffroy Van Der Hasselt

Alors que faire la fête va être plus compliqué ces prochaines semaines, que représente la fête dans nos sociétés ? 

Faire la fête est-il une nécessité pour une société ?

"C'est sans doute une nécessité, on trouve des rassemblements festifs dans la plupart des sociétés qui ont été étudiées depuis le XIXe siècle", explique le sociologue Christophe Moreau. 

Toutes les sociétés organisent des temps de fête qui permettent de célébrer le groupe, et de célébrer les passages, comme dans les mariages (...). Cela permet de structurer l'histoire du groupe, l'histoire individuelle

Est-il plus irrépressible chez les jeunes ?

La dimension émotionnelle de la fête, sa capacité à "canaliser les émotions", à "organiser les rencontres amoureuses et les pratiques culturelles", fait que la fête représente pour les jeunes une réponse à un "besoin de rencontre, un besoin de construire sa vie". L'absence de fêtes pour ces prochaines semaines peut, selon le chercheur, "induire du stress (...), des émotions négatives. Et puis, à chaque fois que l'on a essayé de réprimer cet appétit de se retrouver, ça a généré des pratiques clandestines". 

Quelles conséquences la privation de fête a-t-elle ? 

Cumuler le stress pendant le confinement et ne plus pouvoir se libérer maintenant va créer du stress et des émotions négatives. Et cela va générer des pratiques clandestines. 

La fête représente un temps non productif certes, mais pas seulement car elle permet selon Christophe Moreau de "consolider les codes sociaux : il y a des choses difficiles dans la vie que l'on accepte d'autant plus que l'on a ces soupapes, ces parenthèses. Ce n'est pas inutile, ça a un rôle de maintien de la cohésion bien que la vie quotidienne soit difficile", dit-il, citant l'exemple des carnavals pendant lesquels des transgressions sont autorisées. 

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