Les émissions de CO2 des pays du G20 ont très légèrement baissé en 2019. "C'est la première fois que ces émissions baissent sans que ce soit l'effet d'une crise économique", détaille Sébastien Treyer, directeur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).

Les émissions de CO2 liées à l’énergie ont très légèrement reculé dans les pays du G20 en 2019 (− 0,1 %).
Les émissions de CO2 liées à l’énergie ont très légèrement reculé dans les pays du G20 en 2019 (− 0,1 %). © Radio France / Nathalie Doménégo

C'est une baisse encourageante même si elle est très fragile. En 2019, les émissions de CO2 liées à l'énergie ont tès légèrement reculé dans les pays du G20 (-0,1%), d'après le rapport annuel de l'initiative Climate Transparency. Un décrochage par rapport à la hausse de 1,9 % en 2018 et à la croissance continue des émissions 2005 (1,4% en moyenne par an). "Il y a deux tendances qui expliquent cette baisse : une réduction qui se confirme de la consommation de charbon et la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité", explique Sébastien Treyer, directeur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), invité de France Inter jeudi matin.  

"Le signal est intéressant, encourageant. C'est la première fois que ces émissions baissent sans que ce soit l'effet d'une crise économique. Il faut qu'on analyse savoir ce qui a produit ça, néanmoins tout de suite nuancer : c'est trop peu par rapport au rythme de changement nécessaire pour arriver à la neutralité carbone en 2050 et les objectifs de l'accord de Paris."

"C'est trop peu et c'est surtout fragile, ce n'est pas un signal clair de changement structurel."

Et si tout laisse à penser que l'année 2020 confirmera cette baisse, il faudra prendre cette évolution avec des pincettes : "La baisse de 2020 est à peu près certaine. Mais elle va être extrêmement conjoncturelle, liée à une baisse délibérée des activités (trafic aérien, transports, industries, déplacements) à cause des mesures de protection sanitaire. Ce sera un phénomène statistique 'aberrant', qui ne parle pas suffisamment de la tendance, il ne faudra pas la surinterpréter."

Plans de relance : "Le diable est dans les détails"

Sébastien Treyer alerte aussi sur les plans de relance, post-crise. "Ce sont des milliers de milliards d'euros, investissements inédits et déterminants. Ce qu'on voit à l'échelle des pays du G20 c'est que ces plans financent pour 54% des énergies fossiles. C'est un risque, qu'on investisse trop dans une économie dont on n'a pas besoin, qu'il ne faut pas soutenir pour arriver à tenir l'objectif de l'accord de Paris."

"Le diable sera dans les détails", poursuit-il. "En France, pour 30%, cela va dans le bon sens (rail, rénovation énergétique). Mais par ailleurs, on n'a pas suffisamment de priorisation de ces secteurs dans l'ensemble du plan de relance ou de conditionnalité, de contre-parties vertes. On voit encore la force de contre-poids des secteurs des énergies fossiles qui ont l’oreille des ministères des Finances à un moment où l'on tente de sauver des emplois (et pour les bonnes raisons)."

Les invités
  • Sébastien TreyerDirecteur de l'institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI)
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.