Au moment où le Salon International de l'Agriculture aurait dû ouvrir ses portes, France 2 propose ce mardi une grande soirée consacrée au monde agricole. Guillaume Canet, très engagé sur le sujet depuis sa participation au film "Au nom de la terre", est la voix off du documentaire "Nous paysans".

Guillaume Canet est la voix off du documentaire Nous paysans
Guillaume Canet est la voix off du documentaire Nous paysans © AFP / Sébastien BERDA

Mardi soir, France 2 propose une grande soirée dédiée aux agriculteurs avec la diffusion du documentaire Nous paysans. Il raconte l'histoire d'un peu plus d'un siècle d'agriculture française, avec quantité d'archives de 1900 à nos jours, "des images assez incroyables", d'après Guillaume Canet qui a prêté sa voix au film. Le comédien est très engagé sur la question depuis son rôle dans le film d'Édouard Bergeon, Au nom de la terre

FRANCE INTER : Le documentaire, auquel vous prêtez votre voix, n'est pas critique. Mais il donne à comprendre que c'est une profession qui a connu des bouleversements immenses en quelques années seulement.

“Oui, avec la technique déjà. La manière de pouvoir utiliser des tracteurs. Les images sont d'ailleurs très belles, quand on voit les premiers tracteurs arriver dans les fermes. C'est vrai qu'il y a une peine en moins, une difficulté en moins. Il y a tout ça qui fait que, effectivement, c'est très attrayant pour un agriculteur. Ça facilite la manière de travailler, ça améliore le rendement. 

Mais après, la course, justement, à cette productivité fait qu'on en perd la qualité. Parce qu'on veut produire toujours plus. Le problème, c'est tout ce qui va avec derrière, avec les industriels, avec les banquiers, qui les incitent à investir de plus en plus dans la technique, pour s'améliorer. C'est qu'ils se retrouvent avec tellement de dettes derrière qu'ils finissent par commencer leurs journées en sachant qu'ils ne vont rien gagner parce qu'il va falloir rembourser tout ce qu'ils ont comme dettes depuis des années.”

Au début du XXe siècle, les paysans sont des gens de labeur, ne savent pas lire, ne savent pas écrire, nourrissent la France mais leurs fermes ne leur appartiennent pas. Ce sont des gens pauvres mais on a l'impression qu'un siècle plus tard, ils sont certes instruits, mais toujours pauvres...

“Dès qu'il y a eu les premières guerres, ils sont partis au front, ils étaient en première ligne. Pendant qu'ils étaient absents, c'étaient les femmes qui travaillaient aux champs. Et puis, quand ils sont revenus, pour beaucoup mutilés, ils ont continué à travailler la terre avec des prothèses. Puis on leur a dit qu'il fallait absolument nourrir la France. Donc entrer dans une énorme productivité, travailler encore plus. 

Et ils finissent par, aujourd'hui, produire à perte, gagner moins de 350 euros par mois et bosser 14 heures par jour tout en étant considérés comme des pollueurs. Maintenant qu'on leur a demandé pendant des années d’utiliser toutes sortes de produits chimiques et de pesticides pour pouvoir produire toujours plus vite, plus gros. Ils ont un mauvais rôle qui les conduit pour beaucoup aujourd'hui à commettre l'irréparable et à se suicider. C'était le sujet d’Au nom de la terre, le film que j'ai fait avec Edouard Bergeon. 

Le sujet me touche parce qu'aujourd'hui, on est en train de se parler et il y a un agriculteur ou un paysan qui va se suicider. 

Parce qu’ils vivent dans des conditions extrêmement difficiles, avec ce sentiment d'être les responsables. (...) Souvent, ils ont l'impression d'être le maillon faible, celui qui a échoué dans la famille et qui n'a pas su garder la ferme. Sauf que la conjoncture fait qu'ils ne peuvent pas faire autrement.” 

Vous trouvez finalement qu'on ne connaît pas cette profession ?

“Je pense qu'il y a une certaine population qui s'en fout totalement. Il suffit de voir le nombre d'entrées qu'a fait Au nom de la terre, partout en France, en province : il a cartonné. Quand vous regardez dans les grandes villes, le film n'a absolument pas marché. Aujourd'hui, les gens ne veulent plus prendre le temps de manger. Ils peuvent s'acheter un iPhone à plus de 1 000 euros, mais, par contre, pour s'acheter à manger correctement, ils s'en foutent. Ils ne se rendent pas compte à quel point ça se joue sur leur santé". 

On oublie que ce qu'on mange, la conscience de ce qu'on mange, la manière dont on mange, influe énormément sur ce qu'on est.

Pour vous, l'agriculture, finalement, c'est comme l'environnement, notre affaire à tous ?

“Évidemment, c'est notre affaire à tous. Et ce ne sont pas les politiques qui vont y changer quoi que ce soit. C'est nous qui allons changer quelque chose. Les industriels continuent à produire de la merde et à fabriquer de la bouffe dégueulasse et si nous, on l'achète, elle continuera à être fabriquée. (...) J'ai totalement conscience du pouvoir d'achat, je sais très bien que ce n'est pas évident pour tout le monde de pouvoir bien manger, mais justement, c'est très important de reprendre le temps de se faire à manger aussi. 

Même si vous n'avez pas vraiment les moyens, vous pouvez, avec des produits locaux, avec des produits de saison, vous alimenter de manière totalement saine et raisonnable au niveau du prix. La bouffe toute faite, ça ne coûte pas beaucoup moins cher. Simplement, cuisiner, ça prend du temps. Donc, c'est des choix de vie qu'on peut faire chacun à notre manière. Se dire que c'est important de se rapprocher de nos agriculteurs, de ceux qui nous nourrissent et surtout que prendre un peu plus de recul là-dessus peut changer la donne.”

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