Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, est l'invité de Mathilde Munos, pour la remise du rapport "les 1000 premiers jours".

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik
Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik © Radio France

À l'occasion de ce rapport qui relate les avancées sur les premiers mois de l'enfance, les "1000 premiers jours", Boris Cyrulnik revient, entre autres, sur l'avancée sociale que constitue le passage du congé paternité à quatre semaines.

"La présence du père est plus importante que ce qu'on croyait, plus tôt que ce qu'on croyait" explique le neuropsychiatre : "Les relations affectives facilitent le lien avec l'enfant. En quatre semaines, le père découvre le bébé : avant il partait très tôt, le bébé dormait encore et quand il rentrait , le bébé dormait déjà :  le père avait la loi dans la maison mais pas le lien affectif".

Dans les premières semaines, le bébé se développe tellement vite et si intensément que quelques semaines suffisent pour tisser les premiers nœuds du lien qui mettent à l'aise le père, la mère et le bébé.

"Avant, les entrepreneurs disaient : 'c'est pas toi qui donne le sein', les mères disaient 'qu'est ce que viennent faire les hommes dans notre domaine de la maternité ?' Maintenant, on ne peut plus raisonner de la même manière" constate Boris Cyrulnik.

Rôle du père, capital dès la grossesse

"Le rôle du père est présent dès la grossesse. Si une mère est seule, elle augmente sa probabilité de faire une dépression, avant et après l'accouchement, car la modernité n'est pas un facteur de protection pour les femmes enceintes. Quant les pères sont présents, les mères sont sécurisées, le psychisme commence dès la grossesse, le bébé naît dans une niche utérine déjà sécurisée".

On est pourtant encore loin des avancées des pays nordiques ou de l'Espagne : "Ça tient à la manière dont on pense le bébé ou les relations de couple. Les théories de l'attachement sont bien développées dans les pays anglo-saxons. En France, on commence à peine, depuis 10-15 ans, à faire des travaux scientifiques qui permettent de démontrer à quel point l'attachement de la mère, du père, participent au bon développement neurologique, psychologique de l'enfant, alors qu'ils sont déjà appliqués dans les pays d'Europe du Nord".

Une "attitude éducative" en question

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, souligne que l'avancée seule du congé paternité ne suffit pas  : "C'est une attitude éducative, relationnelle entre le couple parental, et même la famille. Le système familial qui protège le mieux un enfant, c'est celui à multiples attachements. La mère bien sûr mais, très tôt pendant la grossesse, aussi le père ou le deuxième parent - le mot père désignait des statuts très différents selon les cultures. Chez nous c'est celui qui a planté la graine, dans beaucoup de cultures africaines, c'est l'amant qui le fait, et le père est celui qui s'occupe de l'enfant, d'autres encore c'est un équipage d'hommes, et ailleurs, beaucoup de femmes seules élèvent leur enfant avec leur mère, la grand-mère, qui tient finalement le rôle de père".

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