Après la mort de deux adolescents dans des rixes entre bandes dans l’Essonne cette semaine, Gérald Darmanin a envoyé une centaine de policiers en renforts. "C'est un constat d'échec, ce qu'on fait aujourd'hui ne convient plus", dénonce Grégory Goupil, du syndicat Alliance-Police nationale en Île-de-France.

Police Nationale (illustration)
Police Nationale (illustration) © Radio France / Valérie Mosnier

C'est une semaine dramatique. Un mois après l'agression du jeune Youri à Paris, une collégienne de 14 ans ans a été tuée d'un coup de couteau dans une rixe lundi soir à Saint-Chéron, dans l'Essonne, un adolescent du même âge a été tué mardi à Boussy-Saint-Antoine, toujours dans l'Essonne, et un autre grièvement touché à la gorge. Dès mardi, et "pour le temps nécessaire", "une centaine de policiers et gendarmes supplémentaires seront déployés en Essonne", a annoncé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

D'après la Direction générale de la police nationale (DGPN), au moins 80% des bandes rivales violentes sont concentrées en Île-de-France où 70 bandes de jeunes y sévissent. Au niveau national, il y a eu sur l'année 2020 une hausse de 24% des rixes avec 357 affrontements entre bandes. Dans 70% des cas, ce sont des mineurs qui sont impliqués. "Bandes de jeunes, c'est tout à la fois... On a tendance à ramener ça au trafic de stupéfiants, alors que pas du tout. Il y a bien les conflits liés aux réseaux sociaux, des moqueries, des histoires de cœur, des échanges et des transactions qui se passent mal", explique Grégory Goupil, secrétaire national adjoint du syndicat de police Alliance en Ile-de-France. Il voit en ces deux drames un "constat d'échec".

Des raisons "totalement futiles"

"On se rend compte que les règlements de comptes arrivent des fois pour 800, 1 000 euros. C'est des faits qui sont qui sont dramatiques, avec des raisons qui sont totalement futiles. On voit des enfants de 13 ans, 14 ans qui se tapent dessus sans même savoir pourquoi et qui sont violents, d'une extrême violence, ont des couteaux sur eux...", constate Grégory Goupil. Il regrette qu'il n'y ait pas de "réponse pénale" et que cela laisse place à "un sentiment d'impunité grandissant".  

Le syndicaliste souligne que les communes de Boussy ou Saint-Chéron sont de petites villes, "pas des quartiers qui craignent" contrairement à des zones plus connues comme à Grigny ou Corbeil-Essonnes. "Mais on se rend compte aussi que sur le secteur de Boussy-Saint-Antoine, on a un policier pour 825 habitants. Alors que le secteur d'Evry-Corbeil est sur une sur une base d'un policier pour 430 habitants", ajoute-t-il, saluant les moyens alloués temporairement par le ministre mais qui manquent au quotidien

"On est très heureux d'avoir un renfort de 100 effectifs à la minute, hier soir, sur le terrain, c'est une bonne chose parce qu'on va sécuriser. Mais dans une semaine, on fait quoi ?"

"Le phénomène de bandes, ça fait des années qu'on le dénonce. 100 effectifs pour une semaine, c'est très bien. Il nous faut 200 d'effectifs supplémentaires en Essonne, mais des gens qui vont être affectés dans ce département", estime-t-il. 

"Il n'y a pas de suivi, il faut que les parents soient responsabilisés", poursuit-il. "Un rappel à la loi, ça ne suffit plus aujourd'hui ! (...) Quand je vois aujourd'hui des jeunes qui attaquent au couteau, à un moment donné, on peut aussi avoir des sanctions fermes dans des centres d'éducation fermés avec une structure adaptée. Il faut qu'on se pose la question. On a quand même des adolescents multirécidivistes, qui après versent dans les stupéfiants, les home jackings, des choses extrêmement graves."

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