L'ANRS lance un appel à volontaire pour tester un vaccin contre le VIH, ses essais débuteront en avril. Le médecin immunologiste Yves Lévy est notre invité de 6h20.

Spécialiste de l'infection par le VIH, qui a touché 1,5 million de personnes en 2019, Yves Lévy a mené jeudi une conférence pour lancer un appel à volontaires pour un vaccin préventif contre le VIH : "Il est important de dire que la recherche continue. A peu près 1% des personnes sur cette planète âgées de 15 à 50 ans sont touchées par ce virus, dont on ne se débarrasse pas". 

Pour l'heure, précise Yves Lévy, "nous sommes dans les premiers essais : nous n'allons pas tester l'efficacité en termes de prévention du vaccin, mais la sécurité du vaccin, et les réponses biologiques que l'organisme développe (...). Un vaccin préventif s'adressera à des personnes séronégatives, qui risqueraient d'être exposées – et on sait que malheureusement cela continue, et qui les protègerait contre l'infection". 

72 volontaires pour le test

Cela faisait 11 ans que l'on n'avait pas eu de nouvelle avancée scientifique indiquant qu'il était possible de se protéger contre le VIH. "Il était très important de trouver d'autres innovations : ce vaccin est innovant parce qu'il est fondé sur ce qu'on connait de mieux en immunologie. On a disséqué ce qui était indispensable dans l'organisme pour induire une réponse immunitaire qui soit capable de protéger contre le virus", explique Yves Lévy. 

Ce que nous avons conçu, c'est un vaccin qui amène précisément aux cellules la quantité nécessaire du pathogène, c'est-à-dire du VIH, pour essayer d'induire les meilleures réponses immunitaires.

Quelque 72 volontaires vont participer au test : "Ce sont des personnes qui n'ont pas de risque, qui ont bien compris qu'elles n'allaient pas être protégées, mais qui participent à une recherche. Ce sont des gens de 18 à 65 ans en bonne santé qui acceptent d'être suivis pendant cet essai". Il y a trois administrations du vaccin, deux à un mois d'intervalle, la dernière six mois après, car "la question qui se pose c'est combien de temps nous sommes protégés". "Et ensuite, on passera à une dose supérieure (...) et à la fin on combinera ce vaccin nouveau avec un vaccin plus classique, pour essayer d'augmenter encore les chances d'avoir une réponse immunitaire suffisante". 

Elément central de la prévention

Quel impact a eu la question du vaccin contre la Covid-19 sur la recherche d'un vaccin contre le VIH ? Outre la sensibilisation à l'utilité des vaccins, Yves Lévy explique que "cela stimule l'innovation technologique et permet d'accueillir un certain nombre de connaissances sur les mécanismes de la réponse immunitaire". 

Nous avons mis au point ce vaccin sur les 7 à 8 dernières années. On a pris l'habitude, avec la Covid, d'avoir un vaccin en 10 mois (...). Mais pour le VIH, ça fait 40 ans qu'on recherche un vaccin et qu'on ne l'a pas. 

"Aujourd'hui, on sait quels sont les groupes à risques : les plus jeunes s'infectent, il y a une diminution des règles de prévention. Nous avons d'autres outils de prévention, mais le vaccin sera central dans la prévention pour freiner la dynamique de l'épidémie", explique Yves Lévy. "Mon rêve c'est d'arriver, après 10 ans de développements de recherche, à partager cela avec les citoyens", conclut-il. 

  • Légende du visuel principal: Yves Lévy, médecin immunologiste, ancien président de l'Inserm jusqu'en 2018 © AFP / Philippe Desmazes
Les invités
  • Yves LevyPrésident-Directeur général de l'Inserm
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