L’Institut Pasteur vient d'annoncer l'arrêt de son principal projet de vaccin contre le coronavirus, jugé pas assez efficace. Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des coronavirus, est l'invité de Mathilde Munos.

Séquençage de génome du Covid-19 au centre de recherche de l'institut Pasteur
Séquençage de génome du Covid-19 au centre de recherche de l'institut Pasteur © AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Un vaccin français contre le Covid, ce ne sera pas pour tout de suite : l’institut Pasteur a annoncé hier avec son partenaire américain Merck qu’il renonçait à son principal projet, faute de résultats concluants. Bruno Canard est directeur de recherche au CNRS dans un laboratoire marseillais et spécialiste des coronavirus, il travaille sur ces pathogènes depuis 20 ans : "C'est aussi ça la recherche, un programme arrivé à un point sans résultat assez encourageant, c'est plutôt sain que le système soit capable de s'arrêter à un moment". 

Le vaccin ne marchait pas mieux que les autres arrivés sur le marché : "Le système dit qu'il faut s'arrêter, avec une évaluation correcte. Parfois on peut miser pendant des années sur un candidat qui peut échouer en phase 3, il y a des prises de risques". 

"La chance n'arrive qu'aux esprits bien préparés, disait Pasteur"

Le chercheur souligne la complexité du vivant : "On peut anticiper beaucoup de choses, mais la recherche rencontre des surprises". A-t-on raté, en France, le virage de l'ARN Messager ? "La recherche a commencé il y a 35 ans à Boston, pour les obtenir, dans un tube à essais, et pour développer des systèmes de façon industrielles. Il s'agit du travail de gens persistants, une recherche fondamentale sur le long cours. En France, on n'a pas pris ce chemin là. Le tissu français est beaucoup moins fourni et soutenu sur ces méthodes là". 

La recherche défavorisée face aux grandes entreprises

Plus au niveau, la France? "L'arrêt du vaccin de Pasteur et Sanofi sont deux histoires très différentes. Chez Pasteur, ça ne fonctionne pas pour des raisons à déterminer, mais de l'autre coté, on a une très grande entreprise française avec des moyens disproportionnés par rapport à la première. On n'est pas du tout dans le même registre. La recherche active n'est pas soutenue en France, alors que Sanofi a reçu beaucoup d'argent, de tout le monde, notamment des impôts, qui n'a pas été investi la recherche fondamentale, mais allé dans les poches des grandes entreprises. L'argent public n'est pas assez contrôlé sur la recherche, c'est sûr. On a l'impression d'un investissement à perte, qui ressemble à de la subvention indirecte"

Chez eux, la situation a évidemment changé en 2020, "quand l'argent est revenu dans notre équipe, mais chez des camarades chercheurs sur d'autres virus, ce n'est pas le cas. Et la loi recherche qui vient d'être votée reflète exactement ce qui s'est passé avec Sanofi" estime Bruno Canard. 

"L'argent public n'est pas assez contrôlé en ce qui concerne le crédit impôts recherche, c'est sûr, et cette recherche n'est pas non plus évaluée"

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