Emmanuel Macron annoncera ce soir de nouvelles mesures afin d'enrayer l'épidémie galopante de covid en France. Ira-t-il jusqu'au reconfinement avec tout ce que cela implique en termes économiques et psychologiques ? Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, est l'invité de Mathilde Munos.

Emmanuel Macron annoncera ce soir, 20h, si la France repart pour un confinement généralisé
Emmanuel Macron annoncera ce soir, 20h, si la France repart pour un confinement généralisé © AFP / FANATIC STUDIO / GARY WATERS / SC / FST / Science Photo Library

Qu'est-ce que le "confinement économiquement compatible", défendu par Philippe Amouyel

PA : "On a dû, à la première vague, quand on ne connaissait pas la maladie, mettre en place un confinement général et total. On a mieux compris maintenant la façon dont la maladie diffuse dans la population. On comprend mieux pourquoi on voit certaines flambées, on voit où circule le virus. Donc, ce qui est important, c'est de confiner les zones de circulation du virus. 

Le deuxième point, c'est qu'on ne peut pas, à mon humble avis, subir encore ce qu'on a connu pendant le confinement, que ce soit pour les enfants, pour les personnes âgées, pour les commerces (puisqu'ils ont déjà pris un coup économique important). Donc, l'idée, c'était de faire une proposition qui soit au maximum économiquement compatible

Nous avons travaillé, très récemment, avec le président de la CCI des Hauts de France, à voir comment cela peut s'appliquer en réalité.

  • les transports en commun

"Pour maintenir un peu d'économie, il faut maintenir les transports en commun. On s'entasse dans des rames, certes, mais les vitesses de diffusion sont probablement inférieures parce que les gens ne parlent pas, il y a moins de virus à aéroportés. 

Ce qu'il faudrait, c'est par exemple étaler les horaires dans les entreprises d'arrivée et mettre un peu plus de rames. 

Il faudrait aussi maintenir les entreprises qui le peuvent ouvertes et étendre le télétravail". 

  • les commerces

"Faut-il ne laisser que les commerces essentiels ? L'idée qu'on a eue avec la CCI des Hauts de France, c'est d'essayer de définir des horaires d'ouverture régulée. Pourquoi ? Parce que c'est quand tout le monde va faire ses courses entre 14 h et 17 h le samedi : là, il y a une forte densité de population et de circulation du virus et que dedans soit respecté les protocoles de manière extrêmement stricte.

  • limiter les contacts sociaux

Il faut annuler toutes les réunions publiques et privées et limiter l'amplitude horaire de sortie des individus de leur domicile avec une attestation 

  • tous télécharger l'application anticovid"

En quoi est-ce un confinement si, finalement, on laisse les enfants aller à l'école et leurs parents aller au travail ? 

PA : "Le confinement est une mesure radicale qui avait fait ses preuves quand on ne connaissait pas le virus. Aujourd'hui, on en connaît ses conséquences humaines, économiques. 

L'idée, c'est essayer d'extraire de la population les cas qui sont positifs, qu'ils soient symptomatiques et surtout, qu'ils soient asymptomatiques. Quand Jean-François Delfraissy dit "on a diagnostiqué 50 000 cas pendant le week-end, c'est en fait probablement entre 100 000 et 200 000" en comptant les asymptomatiques.

Et la seule façon de faire à ce moment là, c'est du dépistage massif de certaines zones de population. On a aujourd'hui les tests rapides qui devraient être mis à disposition le plus vite possible pour pouvoir faire ce qui est important : tracer et isoler.

Un confinement total généralisé est certes efficace, mais extrêmement destructeur, donc il faut essayer de l'adapter."

Un confinement adapté... qui ressemble quand même à "métro-boulot-dodo"

PA : "L'idée, c'est de marquer un coup pour freiner l'épidémie, parce que là, on ne peut plus la gérer. Les plateformes de tracing ne peuvent plus fonctionner du tout. On met ce coup de frein (on peut imaginer qu'il va durer 2 à 4 semaines) et en même temps, on met en place cette politique de dépistage pour éliminer les cas, pour éviter d'avoir à refaire des reconfinements de cette brutalité. 

Et très sincèrement, je pense que si on arrive à mettre ça en place, à casser la courbe de l'épidémie, à mettre en place un dépistage systématique et très en amont de la progression des virus, et si on maintient les gestes barrières, on peut tenir comme ça en rouvrant les commerces, en retrouvant notre vie quotidienne qu'on a connue (certes à la limite des mesures barrières) jusqu'à ce qu'on ait à disposition un vaccin. "

Et on sauve Noël ? 

PA : "C'est ce que je souhaite. Il ne faut vraiment pas tarder à mettre ces mesures en place". 

Les invités
  • Philippe Amouyeldirecteur de la fondation Alzheimer, épidémiologiste, professeur de santé public au CHU de Lille.
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