A quelques heures de la révélation du Festival d'Angoulême, Benoît Peeters président du jury, répond aux questions de Mathilde Munos. Il revient aussi sur la grogne des auteurs et autrices de bande dessinée, qui menacent de boycotter l'édition "publique" du festival en juin.

L'écrivain et scénariste Benoît Peeters en 2015 à Angoulême
L'écrivain et scénariste Benoît Peeters en 2015 à Angoulême © AFP / PIERRE DUFFOUR

"Nous aurons plusieurs des auteurs et autrices qui ont gagné, des représentants des maisons d'édition, et des interventions à distance. Nous allons essayer de faire une belle cérémonie", dit Benoît Peeters, à quelques heures de la révélation du palmarès de festival d'Angoulême, qui récompensera les meilleurs albums de BD de l'année. 

"C'était une année très riche pour la production de bande dessinée, mais en raison des circonstances, certains albums sont un peu passés inaperçus. Le marché n'a pas été trop mauvais cette année, mais il s'est un peu focalisé sur les best-sellers. Là, c'est l'occasion de montrer la diversité de la création". Le jury a épluché une soixantaine d'albums présents dans la sélection : "Nous avions tous lu de près les albums, qui sont nombreux. Et lire une BD, à l'heure du roman graphique, ça ne se fait pas toujours en une demi-heure. Mais nous sommes tous sortis avec le sourire de ces délibérations, avec le sentiment d'un palmarès équilibré". 

Quels sont les critères, selon lui, pour une bonne BD ? "Le premier désir, c'est d'associer accessibilité et ambition, faire découvrir des choses neuves, pas forcément les auteurs les plus connus, aller vers de la découverte accessible. Je crois que c'est ce qu'on a fait à travers ce palmarès très divers, qui reflète très bien les questions contemporaines : les questions de fluidité de genre, par exemple, sont à l'honneur". 

"Les ventes des albums ne profitent plus aux auteurs"

Alors que plus de 600 auteurs et autrices de BD ont annoncé qu'ils allaient boycotter la version "publique" du festival au mois de juin, Benoît Peeters "J'ai été, il y a plusieurs années, à l'origine des États généraux de la BD : je suis particulièrement sensible à cette question de la précarité. L'an dernier, on annonçait le rapport Racine sur la situation des auteurs et des autrices. Il y avait de l'espoir. Et ces espoirs ont été quelque peu douchés. Mais maintenant, je pense qu'il ne faut pas se tromper d'ennemi : ce n'est pas le festival de la bande-dessinée d'Angoulême qui n'a pas accordé aux auteurs toutes les mesures attendues, ce sont les pouvoirs publics d'une part, et d'autre part les grands éditeurs qui ne sont pas assez attentifs aux évolutions du métier", explique-t-il. 

"Il y a un contraste entre la situation apparente, économique et artistique, du secteur, et la situation des auteurs, qui vivent de plus en plus mal"

Au total, selon lui, "on a plusieurs milliers de professionnels, et 10% à 15% des auteurs et autrices vivent correctement du métier. D'autres arrivent à bricoler un peu, notamment avec des interventions dans des classes, des festivals. Et malheureusement, plusieurs ne sont pas assez soutenus, même parfois quand ils sont connus, les montants, les avances qu'on leur donne pour réaliser un album sont dérisoires. C'est désolant, il y a des mécanismes à réinventer". Les auteurs de BD gagnent en moyenne 8% du prix du livre, un montant qui est souvent divisé entre scénaristes et dessinateurs : "Les ventes de l'album ne profitent plus aux auteurs". 

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