Série : ils font bouger le monde et les mentalités. Eliott Schonfeld, explorateur. Eliott Schonfeld, le plus jeune membre de la société des explorateurs français répondra aux questions de Carine Bécard

Peut-on rencontrer de nouvelles manières d'habiter la nature en Amazonie ? Oui répond le plus jeune membre de la Société des explorateurs français.
Peut-on rencontrer de nouvelles manières d'habiter la nature en Amazonie ? Oui répond le plus jeune membre de la Société des explorateurs français. © Getty / Mark Newman

Le sens que j'ai donné à ma vie, c'est de vivre dans la nature et avec la nature et de retrouver ma place en son sein.

L'ambition de cet explorateur, c'est de réapprendre à vivre sur Terre. A 19 ans, alors qu'il est parti rendre visite à sa soeur en Australie, il se perd dans ce qu'on appelle "la nature sauvage" et c'est le déclic. Il est aujourd'hui, à 28 ans, le plus jeune membre de la Société des explorateurs français.

Eliott Schonfeld raconte cette première rencontre : "ça a été effectivement très impactant. J'ai eu l'impression de découvrir la beauté du monde. J'ai découvert plein d'autres animaux. J'étais dans un endroit où on pouvait rencontrer autre chose que soi-même, ce que je n'avais pas connu jusqu'à présent. J'ai découvert l'espace, le silence, la lenteur de la marche, toutes ces choses-là. Et je pense qu'effectivement, c'est de là que j'ai décidé inconsciemment de passer une grande partie de restant de ma vie dans la nature sauvage".

Après avoir exploré la Mongolie, l'Alaska, l'Himalaya et puis l'Amazonie l'année dernière, l'explorateur s'est retrouvé seul dans la jungle, sans route, sans piste et sans civilisation connue. Comment a-t-il affronter cette vie ? "Ça a été une expédition assez folle parce qu'elle est née d'une histoire d'amitié, d'une histoire d'amour et de la découverte d'un livre qui s'appelle Aventure en Guyane, de Raymond Maufrais et qui, en 1949, à l'âge de 23 ans, pour des raisons assez similaires aux miennes d'ailleurs, a décidé de quitter la civilisation avec le rêve de se rendre dans la jungle amazonienne avec l'espoir de rencontrer une tribu d'Indiens jamais approchés, qu'on disait qui avait les yeux bleus, qui étaient très grands. Et lui, son rêve, c'était de rencontrer, d'apprendre à vivre comme eux et de vivre dans la jungle pour retrouver ces instants oubliés, comme il l'écrit". Elliot Schonfeld explique avoir souhaité rencontrer également cette tribu. Tout en cherchant à ne pas finir comme l'écrivain, qui n'est jamais revenu de son périple, et dont on a retrouvé que les notes. 

J'ai failli y rester. De toutes les expéditions que j'ai pu réaliser, c'est de loin celle qui a été le plus intense et parfois la plus dangereuse. 

"Parce que, contrairement à toutes celles que j'ai faites, ça, c'était vraiment une solitude absolue, une solitude humaine, parce que j'ai rencontré toutes sortes d'animaux là-bas. Je n'ai croisé aucun humain pendant les 46 jours qu'a duré l'expédition et mon téléphone satellite que j'emporte avec moi normalement à chaque expédition ne fonctionnait pas dans la jungle. Donc si j'avais un problème, il fallait que je le règle tout seul".

On peut passer d'une peur terrible, d'une angoisse de l'inquiétude à la joie, à l'émerveillement, au bonheur absolu, à l'ataraxie.

Que ressent-on dans ce genre de situations ? "Je pense que la peur était plus présente dans cette expédition à certains moments, parce que je n'étais pas assez préparé, tout comme Raymond Maufrais, d'ailleurs. Et c'est pour ça que je pense que nos rêves nous ont été si urgents qui nous ont fait brûler quelques étapes. Et ça s'est mal terminé pour lui. Ça, c'est mieux terminé pour moi, mais je ne repartirait plus dans ces conditions-là. 

Mais comment décide-t-on de devenir explorateur ? Eliott Schonfeld explique avoir décidé assez vite d'aller dans des endroits assez reculés du monde, au Canada, en Australie... Il est ensuite revenu en France pour entamer des études de philosophie et a décidé assez rapidement de devenir explorateur, notamment dans le but d'apprendre d'autres manières d'habiter la Terre".

Une problématique qui se pose de plus en plus aujourd'hui dans un monde, traumatisé par une pandémie : "Je pense qu'il y a de plus en plus de personnes qui peuvent se poser ces questions-là. [...] Moi, j'essaye de montrer cette nature-là. Et aussi de montrer les humains qui savent encore habiter en dehors de la civilisation. La première fois que j'ai rencontré des nomades en Mongolie, c'est quelque chose que j'ignorais complètement qu'on avait d'autres modes de vie qui existaient dans ce monde. Et c'est assez important pour moi à cette rencontre-là, parce que ça m'a laissé voir que ce n'était pas l'homme, le problème. Il est en soi est tout à fait capable de vivre en harmonie avec ce qui l'entoure. J'essaye de montrer ça, de montrer la beauté de ces endroits-là, de montrer les êtres qui y vivent. Mais je sais qu'on changera pas le monde avec simplement un film ou un livre".

L'homme n'était pas intrinsèquement destructeur de ce qui l'entoure, mais c'est un système qui s'appelle la civilisation et qui le rend destructeur du vivant.

A lire : Amazonie, sur les traces d'un aventurier disparu, aux éditions Payot.

Les invités
L'équipe
Contact